taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Ce que la mouvance animaliste vient nous dire de nos sociétés

9.9.2021 Le billet de Sylvain de ce matin me donne l'occasion d'élaborer sur ce que la mouvance animaliste vient nous dire de nos sociétés. Une de mes vieilles rengaines, mais très difficile à mettre en mots car cette analyse tient plus de l'intuition du medium que je suis parfois que de la rigueur que je tâche de maintenir le reste du temps.

Cet article est annexe au dossier en janvier 2020, devenu un livre entre-temps ""Qui a machiné le bœuf bashing ? (Un regard sérieux sur le rodéo médiatique antiviande)"

"Qui a machiné le bœuf bashing ?"

prévu décembre 2021


Premier jet, merci pour votre indulgence.

Quand je donnais  des cours de nutrition, je les appelais "audit nutritionnel", car le premier pas était de tout bien mettre à plat de l'histoire de la personne -premier pas pour bien comprendre le présent. Sylvain vient de réaliser un superbe audit du champ "animaliste" même sans le citer. Je rebondis sur le sujet, en me basant sur une photo illustrant un article de Gilles Luneau dans  wedemain : on voit des garçonnets (pardon j'arrive pas à voir en eux des adultes) offrir en sacrifice des porcelets lors d'une manif' l214 ou assimilé.

Ma première réaction était: oh merci les choupis, où est la rôtissoire? Ils ne sont donc même pas conscients des triples niveaux de compréhension?

Je vois en eux des manifestations de ce changement de paradigme de société qui est en cours depuis quelques années: on voit bien que la société entière cherche d'autres codes d'être au monde (on va dire "Weltanschauung" pour faire sérieux).En éducation, on teste  aujourd'hui un autre rapport à l'enfant (avec les conséquences désastreuses sur la construction dudit enfant, dit la vieille mémé qui tient à la contenance, à la structure dans l'éducation). Dolto se retourne dans sa tombe: elle demandait qu'on écoute l'enfant, qu'on lui laisse une place - et non pas qu'on lui obéisse, qu'on en fasse un roi - bien malgré lui. En rapports humains, on voit des mecs continuer à jouer les ingénieurs rigoureux au boulot et dès la porte du bureau fermée, sur le chemin du retour à la maison, on les voit devenir des drama queens. Comme s'ils cherchaient un autre mode de rapport au monde, qu'ils sentent poindre mais que personne n'a encore décrit. Comme s'y retrouver en effet?Alors on voit ces ex-rationnels donner dans la sensiblerie la plus élémentaire, celle qui fait que je les trouve un peu garçonnets. Celle qui fait qu'ils sont des omnivores honteux, par exemple; ou qu'ils s'essaient au véganisme, délire spirituel par essence.

La première question d'une personne qui a encore toute sa tête: qui, dans l'histoire de l'humanité, a déjà pratiqué le véganisme et est resté prospère et longève? Réponse: personne. Le choix est donc fait en une seule question/réponse.

L'attirance pour le rejet de la viande n'est donc pas rationnelle, elle est purement magique. Tant de QI pour si peu d'intelligence émotionnelle. Emotionnalisée, certes, mais pas émotionnelle. J'aime le graphique de Philippe Guillemant, qui renvoie les "biais cognitifs" aux scientistes en leur opposant une autre analyse. Dont il sait qu'elle est tout aussi bancale que les mantras "biais" des zététistes, mais il se joue d'eux ici, je crois. Il est ici: Théorie de la Double Causalité 

Dans les films, on sentait bien que cette cancel culture essayait de casser d'anciens codes pour en découvrir de nouveaux. C'est désormais répandu dans toute la société. Penser seulement aux tentatives d'abattre des statues coloniales en 2020. Voir aussi le tout récent James Bond qui devient une femme, et noire. Des ficelles grosses comme des maisons, tant l'angoisse est profonde de sentir l'état de chrysalide et de ne pouvoir y mettre de nom: ce n'est plus James Bond, il faudrait l'appeler autrement.

Cela me fait penser à ces adeptes d'Irène Grosjean qui nous font des blanquette végé qui n'ont même plus aucun rapport à la procédure de base de la blanquette, c'est donc un nom jeté sur un magma culinaire. Ou qui nous font des lasagnes qui ressemblent à du vomi de chien de riche plus qu'à un plat italien (deux épisodes vus au cours d'une émission de Julie Andrieu, j'étais pliée de rire). Je pense aussi à ces foodies qui font du tabouleh créatif qui n'a plus rien à voir avec l'original. Ce sont toutes des manifestations que la structure, les valeurs ont fondu dans nos sociétés occidentales, mais tant qu'on ne  verbalise pas (ou qu'on le manifeste par une forme d'art), la société entière est perdu et ne sait sur quel pied danser. Je récuse l'idée que la cancel culture est construite par Soros (elle est instrumentalisée, certainement, il joue avec l'esprit du temps et essaie de tirer son épingle du jeu). Donc nos petits gars qui se prennent pour Rambo mais montrent un coeur de midinette ne sont que les victimes d'un changement de paradigme.

On voit bien aussi qu'on va vers un autre "être ensemble" (j'aime suivre Michel Maffesoli dans ses hypothèses), ce qui implique le "être ensemble avec les bêtes d'élevage". Mais au lieu de réfléchir ce sujet intelligemment (comme Vinciane Desprets, comme Jocelyne Porcher), on tombe dans la facilité: la sensiblerie, qui n'est que l'avatar vulgaire de la sensibilité. Je pourrais citer Paul Ariès, dont je partage toutes les vues sur la décroissance en écologie, par exemple. Mais il axe trop souvent son discours sur de l'anti-animaliste, anti-végane, ce qui fait très "ancienne société". On ne pense plus "anti", voyons... Dans le nouveau paradigme, on cherche d'autres rapports, plus proches de la communication non violente et du respect de chacun. J'aime bcp Ariès mais j'ai un souci à cause de cette posture.

Voilà de premières réflexions autour de cette photo: ces gamins me montrent tout simplement qu'ils sont arrivés à la trentaine sans avoir jamais réfléchi à leur acte quotidien, càd ce qu'ils mettent dans leur assiette. Ce n'est pas leur faute, c'est une société entière qui pousse à vivre hors sol, hors de soi, en oubliant toutes les questions historiques, mais je peux me permettre de sourire tout de même quand ils prennent des airs de grand mamamouchi pour me montrer cela, tout simplement: un corps d'adulte et une tête d'enfant de cinq ans dessus.

Je ne fais pas de l'ad hominem, posture que je tance d'habitude, je n'ai d'ailleurs cité aucun nom. J'essaie de comprendre de quoi ce feu de forêt animaliste (normal, pour des fétus de paille...) est la manifestation au sein de nos sociétés, en tant que collectif. Eh oui, certains jours je suis plus entomologiste qu'humaniste, ce sont mes jours "docteur House". 

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