taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Quand les grands esprits se perdent dans leurs angoisses et croient trouver une bouée de secours dans une diète

9.9.2021 Grand respect pour Arnaud Riou. Je vois passer le texte ci-dessous "Pourquoi êtes-vous végétarien ?" et je commence donc à le lire: il y  traduit un échange avec des Mongols. Pffft! Que de poncifs!
#boeufemissaire. Article conjoint à " Le boeuf émissaire (Arguments et infographies autour des rumeurs antiviande) ", série destinée aux fermiers et enseignants



"Le boeuf émissaire"
parait chez Aladdin 31.8.2021


Lire ce texte me prend exactement 18 secondes, car au deuxième paragraphe, je lis: "Les Mongols sont carnivores". Comment peut-on perdre le discernement à ce point? Ils ne sont pas carnivores, ils sont omnivores (ou mieux encore: adaptivores). En entame de texte, déjà un tel manque de précision, de connaissance, de sang froid augure mal de la suite. Je ne continue donc pas la lecture. Le gars Riou part donc dans un délire spirituel. Grand bien lui fasse, mais le spirituel n'a rien à avoir avec la diète. Grande confusion en vue.  Je ne suis pas amateur de confusions, encore moins de conseils spirituels provenant d'une âme si angoissée qu'elle en perd ses repères.

A vous de vous faire une opinion. En tant qu'ex végétarienne, qui a fait un long travail d'acclimatation avec le tragique de l'humain quand il doit remanger des protéines animales (mon cas), je ne trouverais rien d'intéressant dans ce genre de texte.

J'ai pris mon courage à deux mains et de l'autre j'ai repris la lecture - ne fût-ce que pour répondre à un internaute qui commente avec le classique (et fatigant) "Il y a pourtant beaucoup de choses justes dans ce texte". Il y a de quoi sourire tant on l'a entendu, cet argument. Il y a beaucoup de questionnements légitimes dans le discours de Marine Lepen: elle pose les bonnes questions, elle n'apporte pas les bonnes réponses. Avec l'argument des "choses justes", on justifierait même Pol Pot.

Je dois donner le contexte, au cas où l'on m'accuserait d'avoir des biais d'omnivore. Primo, je fus végé et même végane, je suis passée par là. Secundo, si j'avais des croyances, je ne conseillerais qu'un régime. Or j'ai plusieurs livres sur le végétarisme, j'ai même une cure quasi végane. Je conseille même parfois "pas de régime". C'est cela que j'entends par utiliser la diététique pour ce qu'elle est, soit gastronomique, soit thérapeutique, soit les deux. PAS comme recours de l'humain perdu sans religion, sans dieu... C'est une posture similaire que j'aimerais voir dans les rangs des pratiquants de régimes x ou y: efficacité, lucidité, valeurs basiques. Je lutte à contre courant, je le sais bien, mais les anges m'ont demandé de le faire alors qui résiste aux anges?

Mon seul biais: je cherche le discernement, pour le reste je ne crois à rien. Je me demande bien où seraient mes biais

Pourquoi s'épargner le temps de lecture? Dans ce texte de Riou, on lit tous les poncifs qui circulent, comme l'allègre mélange des dégâts de la production animale (l'élevage intensif, l'industrialisation de la viande) avec "la viande" en général, oubliant au passage les pratiques ancestrales et respectueuses. L'infinie répétition des mêmes discours: quel intérêt? D'autant plus qu'ils sont biaisés et peu rationnels.

Je n'ai pas de jugement sur le choix de son assiette, chacun son chemin. J'ai un petit oeuf à peler avec cette posture intellectuelle qui prétend être rationnelle et qui confond diététique et quête spirituelle. Disons les choses plus clairement: "je suis mort de trouille et je crois que le choix diététique va me sauver". Arrêtons donc de confondre végétarisme et spiritualité...

Par ailleurs, autre poncif, sa conclusion est pauvre en discernement: il chante le local, les petites exploitations. Mais... la petite agriculture ne peut vivre qu'avec des animaux, tous les essais différents ont foiré. Depuis le temps qu'on essaie!

Si c'est vraiment l'industrialisation de la bidoche qui pose problème et si vraiment on ne se trompe pas d'objet, la conclusion simple d'une mangeuse rationnelle est: désormais je boycotte toute forme de viande industrielle. C'est mon cas depuis que je suis revenue aux produits animaux. A part de très rares cas chez des amis, voilà 20 ans que je n'ai plus mangé de viande industrielle. Je n'achète que du bio ou du local fermier. Quand je me déplace, je prévois le coup: je regarde où sont les magasins bio ou les fermes, je m'y fournirai. Je circule en camping-car, je peux cuisiner mon frichti. Il est de toute façon hors de question que je mange dans n'importe quel restaurant, sachant qu'ils ne cuisinent quasi plus. Et si je le fais, en voyage, je choisis une salade ou un plat sans produits animaux. Je préfère jeûner que manger du saucisson de porc martyre.

L'ami Riou est donc irrationnel de bout en bout: répéter des mantras, comme si on ne les avait pas déjà lus sur tous les murs de la ville (rien, rien, rien de nouveau dans son texte), manquer de précision ("carnivore" pour "omnivore"), et une conclusion aberrante.

Permettez que je vous épargne la lecture de ce genre d'articles dont les auteurs ne sont par ailleurs pas conscients de nourrir ainsi les intentions des multinationales et de la Silicon Valley d'abolir l'élevage et de nourrir l'humanité avec de la "frankenviande" de labo.


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Le texte
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Pourquoi êtes-vous végétarien ? (Texte de Arnaud Riou)

La semaine dernière, j'ai rencontré pour notre film en Mongolie plusieurs familles d'éleveurs. Elles nous ont partagé leur quotidien, je leur ai raconté le nôtre. Pour eux, les centaines de chevaux sauvages, les troupeaux paissant dans des steppes sans limites, un quotidien dédié à un mode de vie nomade. Leur sourire est brillant. Ils sont en bonne santé et n'ont pas besoin de lunettes, tant ils sont habitués à scruter l'horizon à tout âge. "Pourquoi ne mangez-vous pas de viande ?" me demande l'homme curieux...

Les Mongols sont carnivores. Dans cette culture nomade où on démonte la yourte deux à trois fois par an, il est bien difficile de faire pousser de la salade ! On vit avec les troupeaux. Il y a un contrat avec les animaux. Les moutons, les chèvres, sont en liberté. Ils broutent de l'herbe fraîche et de nombreuses plantes médicinales. Les animaux sont heureux toute leur vie et les éleveurs en prennent soin. L'homme me montre le col de son Del, un grand manteau qu'il porte jour et nuit. "Lorsque nous aidons les mères à mettre bas l'hiver, il faut couvrir les petits. Nous les cachons dans la fourrure pour les protéger. L'homme sourit. "Jamais nous ne mangeons les veaux... Imaginez-vous manger des enfants ?" L'éleveur m'explique qu'il connaît toutes les plantes de la steppe et qu'il part souvent au galop avec son fils pour emmener les troupeaux brouter dans une vallée où l'herbe est plus riche.
Pourquoi êtes-vous végétarien ? Me demande l'homme. Je raconte que je suis devenu végétarien par conviction le jour où nos vaches sont devenues carnivores. Vingt ans que je ne peux plus avaler d'animaux morts. Je raconte à cet homme si doux les farines animales composées de carcasses de volailles et de poissons intoxiqués, les poussins broyés vivants, les porcs castrés. Je raconte la ferme des mille vaches. Ce que j'ai vu en visitant des abattoirs et qui m'a fait vomir. L'homme n'en revient pas. "Pourquoi ne laissez-vous pas les animaux en liberté dans vos prairies... Ils seraient plus heureux". Je lui partage notre notion de propriété. Comment nous sommes attribués la propriété autant des terres que du peuple animal. En France, chaque bête est pucée, tracée. Chaque parcelle de terre appartient à quelqu'un. Nous n'avons plus chez nous de grandes étendues où les animaux peuvent courir librement. "Mais la terre est à tout le monde ! " Me répond l'homme sidéré "Comme le ciel ! Pourquoi agissez-vous ainsi ?"
C'est un choc de civilisation. Nous cherchons nos mots pour échanger. Pourtant nous nous comprenons très bien. Nous devinons entre les mots que nous sommes frères d'une même planète, même si nous n'y vivons pas au même endroit. De ses trois enfants, seul l'un est déterminé à reprendre son mode de vie nomade. Les autres ont été attirés par Oulan Bator, la Capitale, pour y suivre des études.
Je lui raconte qu'enfant, chez ma grand-mère en Bretagne, j'allais chercher le lait dans des pots en fer. Que nos campagnes se sont tant transformées au cours de ces 40 dernières années. Que nous nous sommes coupés du vivant, de l'esprit de la terre et du sacré. Que c'est par recherche du progrès et du confort que nous sommes devenus esclaves de la modernité et bien souvent avides. Je lui demande ce qui lui manque, à lui, ou à ses enfants. "Nous ne manquons de rien... Nos enfants n'ont pas de jouets et pourtant ne s'ennuient pas ! Ils participent à la vie nomade. Nous vivons en lien avec la nature. Tous les jours, nous faisons des offrandes à la rivière, à la terre. C'est pourquoi notre mode de vie n'a pas changé depuis des siècles..."
Je rentre à Paris, j'apprends la démission de Nicolas Hulot, il jette l'éponge ne se sentant pas à la hauteur de sa mission. Comment lutter contre les lobys ? J'apprends le même jour que le spectre d'un nouveau scandale sanitaire risque de frapper la Bretagne. Le géant de l'agroalimentaire Triscalia est soupçonné d'avoir vendu à un éleveur breton des aliments contenant des antibiotiques non autorisés pour les bovins. Encore une fois, l'avidité et le pouvoir... Chaque année, des millions de volailles sont abattues par mesure de précaution. La précaution ne consisterait-elle pas à écouter la nature pour voir de quoi elle a réellement besoin et à adopter des modes de vie où l'homme ne soit pas le plus grand prédateur.
A combien de scandales devront-nous assister pour retrouver le lien sacré avec la terre, avec les animaux. Comment transformer notre rapport à l'écologie ?
En France, plus d'un millards d'animaux sont tués chaque année.
- 20 % des porcs meurent de stress ou de mauvais traitement avant d'arriver à l'abattoir
- 80 % des poulets sont élevés sans jamais voir la lumière du jour
- 99 % des lapins passeront leur vie en cage.
Nous multiplions les maladies en consommant des animaux que nous avons nous-même empoisonnés. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Nous sommes ce que nous consommons et le fait de consommer autant d'animaux souffrants et emprisonnés ne nous libèrera pas.
L'écologie n'est pas une option politique. On ne peut pas être pour ou contre ! L'écologie, est l'apprentissage de la vie. Nous sommes conscients ou inconscients de l'urgence écologique parce que nous sommes sensibles ou insensibles à notre environnement. Et cette sensibilité se développe et s'entretient par la méditation, l'ouverture du coeur, les balades en forêt, l'observation et la conscience. L'ouverture à l'environnement.
Ces 17 dernières années, plus du tiers des oiseaux ont disparu des campagnes françaises. Difficile pour eux de se nourrir puisque 80 % des insectes volants ont disparu dans ces trente dernières années. Nous connaissons les causes, les pesticides, l'agrochimie. Les néonicotinoïdes. Les insecticides neurotoxiques très persistants n’augmentent même pas les rendements agricoles, au contraire. Ils rendent la terre de plus en plus stérile.
Pour autant, nos politiques pinaillent, reculent l'échéance, se perdent en compromis. Les intérêts financiers des lobbys et les jeux politiques à court terme sont tels que je crois fermement que le changement viendra de la base, de notre mode de consommation, de production, de communication. Einstein disait qu'on ne change pas une société en se battant contre elle, mais en en créant un nouveau modèle qui rende le précédent obsolète.
Alors, ce matin, loin d'être pessimiste, je rends hommage à toutes celles et ceux qui font des efforts pour s'alimenter différemment, plus en conscience et en respect, qui privilégient les petits producteurs et les récoltants en parlant avec eux de la façon dont ils cultivent ou élèvent.
Je rends hommage aux agriculteurs, éleveurs, qui conscients de cette réalité cherchent à leur niveau des solutions alternatives.
Je rends hommage à tous ceux qui développent le bio, les circuits courts, les AMAP, la permaculture, la biodynamie.
Je rends hommage à tous ces hommes et ces femmes qui retissent du lien pour créer des potagers dans les campagnes comme dans les villes
à celles et ceux qui se battent pour la liberté des semences potagères, des espèces végétales menacées.
A celles et ceux qui se documentent, étudient, se renseignent et transmettent d'autres voies respectueuses de l'environnement.
Je rends hommage à celles et ceux qui incarnent cette citation de Gandhi "Sois le changement que tu veux voir en ce monde"...
Je sens que le temps est tellement venu...
Arnaud RIOU
S'il résonne pour vous, je vous invite à partager ce texte autant que vous le pourrez, dans son intégralité.

 




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