taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

L'illusion digitale (infographie n° 7)

Des infographies pour les coachs en alimentation saine et les férus de nutrition



un prochain livre,
à paraître chez Aladdin, par Bibi

Lu ceci hier dans "Les vagues" de Virginia Woolf: "Et  pourtant, comme des enfants, nous nous racontons des histoires, et pour les orner, nous inventons ces ridicules, ces flamboyantes, ces superbes phrases. Comme je suis las des histoires, comme je suis las des phrases qui se posent élégamment sur le sol et marchent d'un pied sûr! Et comme je me méfie maintenant des dessins soigneusement tracés sur une feuille d'agenda, et qui prétendent illustrer la vie. "

Aujourd’hui que les réseaux sociaux et le digital figent les instants,  plus que jamais, il faut nous rappeler que nous nous racontons tous des histoires, et que ce ne sont que des histoires! Rien de ferme, rien de définitif, rien de réel dans les images que nous projetons. Avant l’internet, la fiction personnelle de chacun ne touchait que ses proches qui, bien humains, renvoyaient (ou non!) une confirmation de cette autofiction.

Désormais, nous sommes submergés par les autofictions de milliers d’auteurs. Autofictions singulièrement tordues, ce que je tente de traduire en choisissant l'image d'une dame qui se photographie dans un miroir. Elle ne dit rien d'elle si ce n'est le geste, on ne voit plus que les objets. L'humain a disparu.

Si le net ne regorgeait que de faux prophètes, ô, que ce serait aisé de démonter les fictions. Mais les blogs et les réseaux sont nourris par d’autres nous-mêmes, de bonne foi, qui projettent sur l’écran de tous les internautes leurs propres histoires. Aussi illusoires que les nôtres. Vous êtes bluffé par le témoignage édifiant d’une fille révolutionnée  par l’alimentaire? par une diète miraculeuse? Ne vous fiez pas à ces passes de vie, à ces instants figés, qui ne disent rien du réel,  plus riche et plus paradoxal que ces quelques lignes ou quelques photos. 

Je parais bien docte, là, mais je me parle à moi-même en fait. Comme tous, je suis souvent piégée par le virtuel. Je me tance alors et je continue à admirer ces flamboyantes et ces superbes histoires mais en les regardant pour ce qu'elles sont: du rêve.

Je reprends cette infographie dans le cadre du livre sur le devenir-soi nutritionnel (  Voir les autres infographies). Si je devais à nouveau auditer, j’intégrerais encore plus cette part des neurosciences indispensable pour gérer l’humain face à son assiette. Je serais encore plus attentive à renvoyer le mangeur vers son ressenti, son histoire, son parcours individuel. En le détachant avec douceur de l’illusion digitale... Un comble pour une geek comme moi, n'est-il pas?



Relire l'envoutant "La goutte d'or", roman de Michel Tournier, ou l'histoire de la quête d'Idriss, le petit berger du Sahara. "Perdu dans un palais de mirages, il s'enfoncera dans la dérision jusqu'à ce qu'il trouve son salut dans la calligraphie. Seul le signe abstrait le libérera de la tyrannie de l'image, opium de l'Occident".

Une autre lecture édifiante si cette vision vous parle: les ouvrages du psychologue/philosophe Carlo Strenger, comme “La peur de l'insignifiance nous rend fous” (quelle place pour l’individu à l’ère de Facebook), 2013, en poche. “Jamais le champ de nos possibles n'a été plus vaste. Jamais nous n'avons eu accès à autant d'informations. Jamais nous n'avons été aussi connectés. Et pourtant jamais Carlo Strenger, psychanalyste réputé, n'a reçu de patients si déprimés.

Ouvrage où l'auteur parle étonnament peu du réseau social cité en sous-titre, mais bien plus de l'homo globalis et de la dérive cognitive de se laisser prendre à l'illusion du digital. Opus dévoré en une nuit tant son analyse est percutante.