taty lauwers

cuisinez selon votre nature

En recherche d'un "devenir soi" nutritionnel... Lire la suite

   Je suis aliéné et j'aime ça

Délices que les promenades dans la pensée latérale, en tous domaines, dont celui qui j'ai exploré pendant 20 ans: l'alternutrition. Mais on peut parfois tomber sur des gugusses.

Nous avons nos soral et nos zeymour (et même un spécial "Bouvard et Pécuchet" à lui tout seul, vous me devinez entre les lignes): même formation déficiente, même psychologie de comptoir, même discours univoque et médiocre, même informations invérifiables et extraterrestres, même appel aux ressorts vils de l'humain.

Ils font le buzz, normal : leur discours est un cube et leur parole est déliée, bien travaillée.

Facile à appréhender, Rapide à jeter à la foule, Immédiat à transmettre, Confortable à penser (FRIC…).

Mettez en perspective les diktats des gouroutinets en regardant le reportage sur le merveilleux nutritionniste français Jean Trémolières (Film Jean Trémolières (1913-1976) : quel héritage pour la nutrition moderne ? projeté le 9 octobre en hommage ). Fine intelligence, relativité de son discours, respect de l'autre, psychologie des comportements, écoute à la Dolot, tout y est, merci Jeannot !
Extraits: « Changer un comportement alimentaire, c'est descendre au plus profond de la personnalité »
« La mesure de ce qui convient à l'homme, dans ses aliments, elle est en l'homme ! »
"Respectez-vous, écoutez-vous, soyez attentif à cette personne que vous êtes."

Dans la gamme de certains de mes héros, j'ai déjà aussi mentionné récemment ici les médecins/chercheurs français de Lorgeril et Ewen.

En contrepied aussi, je vous invite à découvrir la pensée latérale en mouvement, dans un topo de Usul2000 sur l'économiste-philosophe Frédérique Lordon, que j'avais découvert sur France-Inter (« Là bas si j'y suis »). Ah ! les penseurs en France, quand ils pensent, c'est du nanan. Je le réécoute parfois pour me redonner foi en l'humain.

Tu mélanges politique et assiette ? Ben oui, les thèmes de Lordon sont proches des nôtres: le devenir-soi demande de s'interroger sur le déterminisme, la volonté, les désirs et la servitude volontaire, l'illusion du libre-arbitre. Lorsqu'on audite un mangeur, il faut parfois connaître sa posture dans ce champ-là.

Vous ne croyez tout de même pas qu'il suffit de dire « mangez mieux pour aller mieux », non ? C'est au contraire un long chemin…

Mon ptit wiki sur Bouvard et Pécuchet, roman inachevé de Flaubert: deux amis, petits employés, héritent d'une grosse somme et s'installent à la campagne. Sans écouter les experts et les gens de terrain, ils se plongent dans des encyclopédies agricoles - résultat: désastre. Pareil avec la philosophie ou l'astronomie. Ils utilisent tous les bons mots, mais dans le désordre. Ce sont les ancêtres des brèves de comptoir. Ils sont péremptoires dans leur ignorance, ils tuent leurs bêtes en voulant leur faire du bien, ils n'écoutent personne que leur propre suffisance, ils sont petits mais peu émouvants (sauf quand JP Marielle et Jean Carmet les incarnent à l'écran, mais c'est dû à leur personne même).
J'espère ne pas avoir fait du bouvard et pécuchet moi-même sur ce coup-là, car je fonctionne de mémoire.

NB. 2/5/15. Ecouter en post-diffusion l'émission du 25/4 de Guillaume Gallienne sur "Bouvard et Pécuchet, une épopée de la bêtise ?". L'intro de Queneau: eh ben, même lui peut se tromper, car les carnets de Flaubert ne trompent pas sur son intention: admirer la bêtise! Réécouter ces passages est un enchantement lorsqu'on sait de qui je parle en "Bouvard et Pécuchet à lui tout seul".


Pour méditer sur l'attachement de certains aux discours alimentaires excessifs, voici un texte du français Bernard Charbonneau, dans "Un festin pour Tantale" :

"L'indifférence avec laquelle les Français ont longtemps accepté qu'on les prive de nourriture en dit long sur ce qu'ils sont et pensent. Elle témoigne, quoiqu'ils prétendent, de leur peu d'amour du corps et de la nature, de leur mépris de la réalité. Mépris qui prend la forme d'un matérialisme borné, bouffeur et bouffi, qui pense avec la panse; ou bien celle d'un idéalisme qui se nourrit de mots plus que de pain, qui sacrifie l'immédiat à l'histoire, le concret à l'idéologie d'une Eglise ou d'un parti, à plus forte raison, ce double mépris témoigne de l'incapacité de concevoir et d'accomplir l'acte par lequel, passant par les entrailles, le peu d'esprit s'incarne dans la viande. Qui à son tour nourrit l'esprit d'un homme."