taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

29.4 Je suis venu te dire que je m'en vais - page 17


Je vais discuter de culture générale et de perte de mémoire, mais je reste ancrée dans mon thème « alimentation et pleine conscience ».
Répertoire "non-food" de ce site. Je prends ma casquette de Jiminy Cricket et je commence les petits billets expliquant pourquoi, après les 9 mois de test que j'ai promis à mon fiston, je quitte l'ambiance FB.

Dans un de mes livres, j'ai entamé ma bio par « longtemps je me suis levée de mauvaise humeur »... Qui parmi les trentenaires et les plus jeunes sait que je fais référence à Proust (« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » ) ? Dans un de mes topos, une page critiquant l'emprise des grandes surfaces s'intitule « Tristes portiques ». Quel gamin sait que je joue sur le titre de Levy Strauss : « Tristes tropiques » ? Sur mon blog, le titre de ce dossier à charge contre ce que facebook fait à nos enfants s'appelle : « Je suis venue te dire que je m'en vais » . Qui parmi eux sait que c'est le début d'une chanson de Gainsbourg ? (et qui se termine par « Ouais je suis au regret de te dire que je m'en vais Car tu m'en as trop fait »).

Je ne me considère pas hyper cultivée, je suis loin d'avoir tout lu. Et d'ailleurs la chair n'est pas triste (autre clin d'oeil, tant pis pour les distraits). Je dispose d'une culture générale moyenne supérieure, celle d'une lectrice attentive et assidue. Je suis toute ébaubie d'observer parmi les jeunes bourgeois que je fréquente l'aplatissement généralisé de la culture générale, celle qui ne sert pas qu'à faire le petit malin en société, celle qui nous relie à nos Anciens, qui nous rattache à nos racines. C'est arrivé très vite, en dix ans. Je ne suis pas une vieille ronchon-c'était-mieux-avant. Je ne m'intéresse qu'à ceux qui me suivront, au monde qu'ils pourront construire, aux relations qu'ils pourront inventer pour que la vie entre humains soit plus respirable, pour que la masse humaine soit plus consciente.

Mon opposition acharnée à FB tient à ce qu'à mes yeux il est le principal responsable de la perte progressive de culture et de mémoire des millenials (arrondissons « les moins de trente ans hyperconnectés »). « FB » est un nom générique pour ce type de réseau fondamentalement malveillant et conçu comme tel. Demain ce sera un autre nom pour le même type de réseau (quand les BAITX, l'équivalent chinois des GAFAM, auront pris le relais).

Dans le Fb actuel, d'ailleurs, Zuckerberg n'est qu'un faux nez. Il n'est pas possible que ce gars en soit la cheville ouvrière réelle. On peut suivre quelques interviews en direct ; le moins qu'on puisse dire est qu'il ne frappe pas par sa fulgurance intellectuelle. Celle qu'on pouvait admirer chez un Steve Jobs par exemple. A l'ère du story stelling, on nous raconte de jolies histoires décorées de pâquerettes, comme pour les enfants : « et blablabli les inventeurs de google (dont j'ai oublié le nom) et blablabli le petit zucky » et j'en passe. Balivernes... On endort les petits ninfants avec de jolies histoires. Un jour on découvrira le fin fond de l'histoire réelle, je me réjouis déjà.

FB n'a pas conçu l'intention d'appauvrir la culture. Il a simplement observé tous les défauts de l'humain et décidé d'appuyer sur tous les boutons, oubliant de jouer sur les côtés positifs. C'est là son côté fondamentalement malveillant. Un dégât collatéral de ce désir de jouer sur la dopamine, l'envie, la jalousie, le jugement, l'ego pour pouvoir rendre captif un public : il a activé et désactivé des zones du cerveau de nos jeunes en quelques années. Ah ! J'aimerais que les journées aient plus de 24 heures, je pourrais étudier cela plus à fond avec des cogniticiens. On se retrouvera dans dix ans, quand quelques intellectuels se seront réveillés de l'hypnose dans laquelle les a plongés l'illusion de l'hyperconnectivité des GAFAM. On comprendra peut être mieux ce que ces grands mages endormisseurs ont fait de nos petits. Ce sera un peu tard ? Meuh non ! L'humain a déjà fait tellement de cabrioles depuis 4000 ans, il se remettra.

Mon axe de travail : comment garder l'humain conscient de ce qu'il met dans son assiette et puis dans sa bouche ? Et de ce qu'il produit comme jubilation cellulaire ou comme dégâts à moyen et long terme en mangeant ? On ne peut arriver à l'alimentation en pleine conscience si cet humain est tellement détaché de ses racines et de ses traditions qu'il arrive à croire des histoires à dormir debout comme... le veganisme. Et voilà la boucle bouclée, mes aficionados auront deviné où je voulais en venir.

Le défi d'un coach en alimentation intuitive (mon libellé perso) est qu'un jeune facebookisé pourra difficilement être libéré de ses assuétudes ( à l'alcool, au chocolat, à ce que vous voulez) tant qu'il reste accro à FB, car le noyau accumbens que ce réseau cible pour vous rendre addict à leurs « infos » est le même que celui qui vous fait sortir de chez vous à 4h du matin pour aller chercher de l'alcool ou du chocolat chez le petit Paki ouvert 24h/24h. Le même jeune décérébré par FB aura toutes les peines à revenir aux fondamentaux comme le trio essentiel en naturo : Kousmine/Passebecq/Masson puisque, précisément, les « fondamentaux » ne veulent plus rien dire pour lui. Il n'a plus assez de culture générale pour en comprendre les enjeux.

Et tertio, ce réseau asocial a inhibé chez les plus jeunes les capacités de discernement, de mise en contexte – et cela, par je ne sais quelle manoeuvre ; je comprendrai bien un jour, va!

NB J'ai une première hypothèse qui est que le réseau est conçu pour l'immédiat absolu, la meilleure preuve étant qu'on ne peut y voir d'historique ou de table de matières des pages et des groupes ; et conçu pour le morcellement, le confetti : une info chasse une autre, pas le temps de s'arrêter pour penser. Le mécanisme doit être plus profond, je reviens à vous quand j'ai une piste plus solide.

Cette perte de perspective empêche aussi que ces jeunes prennent à leur juste mesure les fondamentaux en nutrition. Certains gourous actuels me font penser à ce fou qui entrait dans les musées avec son pot de peinture et retouchait les tableaux de maître « parce que c'était plus joli ainsi ». Ces zozos abîment les fondamentaux : ils utilisent les mêmes termes, mais les chamboulent et leur font perdre leur sens initial. Un nouvel arrivé en nutri ne peut comprendre ce désaxement, il est simplement impressionné par le flot verbal et l'accumulation de concepts, il est ébloui par l'approche « nature » (qui n'en est pas une, on l'aura bien compris). Je reprends ici le tableau extrait de wikipedia du joueur de Hamelin :

La plus ancienne représentation du joueur de flûte, image de wikipedia
J'extrais la légende de la page wikipedia.

Alors que la ville de Hamelin était envahie par les rats et que les habitants mouraient de faim, un joueur de flûte vint et se présenta comme un dératiseur. Le maire de Hamelin promit au joueur de flûte une prime de mille écus pour les débarrasser des rats qui infestaient la ville. L'homme prit sa flûte et, par sa musique, attira les rats qui le suivirent jusqu'à la Weser, la rivière qui arrose la ville, où ils se noyèrent. Bien que la ville fût ainsi libérée des rongeurs, les habitants revinrent sur leur promesse et refusèrent de payer le joueur de flûte en le chassant à coup de pierres.

Il quitta le pays, mais revint quelques semaines plus tard. Lors d'une nuit paisible, il joua de nouveau de sa flûte, attirant cette fois les enfants de Hamelin. Cent trente garçons et filles le suivirent hors de la ville jusqu'à une grotte qui se referma derrière eux. Selon certaines versions, le joueur de flûte aurait aussi emmené les enfants de Hamelin à la rivière ou au sommet d'une montagne. Les parents, eux, ne les revirent plus jamais.