taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

3.5 Je suis venu te dire que je m'en vais - page 18


J'élargis la réflexion à l'internet tel qu'il est devenu. Bien des interlocuteurs confondent ce que je décris des effets de FB avec ceux que produisent la connectivité en général, dont, entraînés par la beauté du nouveau, nous n'avons pas capté les dégâts collatéraux. D'autres de mes camarades n'appréhendent pas à sa juste mesure le fait que nos cerveaux sont malléables et se modifient par l'utilisation des outils technologiques.
Répertoire "non-food" de ce site. Je prends ma casquette de Jiminy Cricket et je commence les petits billets expliquant pourquoi, après les 9 mois de test que j'ai promis à mon fiston, je quitte l'ambiance FB.

Dans un article de JM Dupuis, L’effet des smartphones sur nos jeunes est plus qu’effrayant, il m'amuse de lire "Personne, je pense, n’avait anticipé la catastrophe historique provoquée par les smartphones".

Personne? Le cyberespace entretient des comportements autocentrés, on ne vit plus que dans sa bulle et le brillant misteur Dupuis en oublie d'écouter le monde tel qu'il va hors de sa sphère naturo perso. Nous sommes pourtant des centaines à agiter la sonnette depuis dix ans...

C'est par exemple oublier le livre "The Shallows: What the Internet is Doing to Our Brains" de Nicholas Carr que j'ai lu dès 2010, ce n'est pas hier. Dès demain je retrouve aussi les références du collectif de psys qui agitent la même sonnette. Les sources d'info sont innombrables, mais peu veulent les entendre, ça se comprend.

Le livre de Carr a été traduit en français chez Laffont dès 2011 sous le titre Internet rend-il bête ? Titre qu'un internaute juge idiot (je le seconde sur ce coup) et qu'il reformulerait en ""Influence de la technologie de la communication sur l'intelligence humaine au travers des siècles". On aurait tout aussi bien pu traduire, moins racoleur, le titre originel: "Les méandres peu profonds de nos méninges: ce que l'internet fait à nos cerveaux". Je réitère: internet avec minuscule, vous mettriez une majuscule à radio ou télé?

Présentation de l'éditeur

Faites donc ce petit test : prenez le temps de tranquillement lire ce livre... Sans aller surfer sur Internet. Vous n'y parvenez pas ? C'est que Nick Carr a raison : Internet a déjà modifié votre cerveau !

C'est bien sûr à une révolution technique et informationnelle que nous assistons avec Internet. Mais c'est surtout à une révolution dans notre cerveau ! Vous aviez l'habitude de lire tranquillement et de façon linéaire un livre sur lequel vous portiez toute votre attention. Cela pouvait durer des heures pendant lesquelles vous, lecteurs, vous immergiez dans le monde singulier d'un auteur, en y mettant toute la concentration que vous désiriez. Regardez maintenant ce qui se passe quand vous vous connectez à Internet. Vous zappez de page en page par des liens qui vous promènent ici et là, et pendant ce temps vous êtes aussi bombardés de messages, parfois d'alertes vous informant qu'un mail vient de vous arriver ou qu'une nouvelle récente vient de mettre un blog ou un site Web (sur un flux RSS) à jour...

Que se passe-t-il alors dans notre esprit ? En quoi cet environnement électronique change-t-il notre état mental, voire notre comportement social ? Ne serons-nous bientôt plus capables de nous concentrer plus de quelques minutes sur un texte ? N'allons-nous pas nous contenter de picorer ici et là quelques bribes (de textes, de vidéos, de messages audio) ? Notre cerveau, incroyablement plastique, s'adapte très vite aux nouvelles technologies et à leurs nouvelles tentations... Quels sont les avantages et les inconvénients de ces changements pour notre esprit ?

Nicholas Carr pose ici une question fondamentale : quel monde nouveau l'Homo sapiens vient-il de se forger et y résistera-t-il ? Dans un détour historique passionnant, il nous rappelle que l'homme s'est constamment créé de nouvelles façons de penser. D'abord en inventant l'écriture (Sumer, les hiéroglyphes égyptiens..., et le passage de la culture orale à l'écrit) puis en faisant évoluer la lecture (devenue silencieuse après des siècles où elle se fit à voix haute). L'imprimerie lui a fait accomplir un saut nouveau dans l'accès à la connaissance. Et jusqu'à très récemment, la capacité à se concentrer dans la lecture, pour tout apprentissage, a été au cœur de notre mode d'éducation.

Que va-t-il se passer maintenant que des professeurs d'université - même en littérature - ne parviennent plus à faire lire leurs étudiants (Guerre et Paix, À la recherche du temps perdu... c'est bien trop long). Internet va-t-il nous rendre bêtes, comme le laissent entendre certaines études scientifiques ? Comment les générations futures vont-elles penser ?

Biographie de l'auteur. Nicholas Carr, membre du comité éditorial de l'Encyclopedia Britannica, est un des éditorialistes anglo-saxons les plus connus, ayant écrit pour le New York Times, le Wall Street Journal, le Guardian britannique, le magazine culte Wired. Il tient un blog fameux baptisé "Rough type".

 

On pourrait aussi suivre la piste ouverte dès 2007 par Andrew Keen, entrepreneur et journaliste californien, en tamisant au passage ses notions un peu caricaturales. Ses titres disent tout du contenu: "Le culte de l'amateur : Comment Internet tue notre culture", "The Internet is Not the Answer" ("l'internet n'est pas la réponse", sur l'effet dramatique qu'a l'internet sur la qualité de nos vies, sur l'appauvrissement de nos horizons), "How to Fix the Future: Staying Human in the Digital Age" ("comment réparer l'avenir: rester humain à l'ère du digital"). Dans "Le culte de l'amateur" il dénonce ce que l'on voit prospérer aujourd'hui: on ne sait plus qui est un amateur et qui est un expert dans le monde de l'internet, il faut un discernement remarquable pour trier parmi les auteurs. La voie est ouverte aux manipulations, rumeurs, désinformations. Le chaos est à la porte de nos cerveaux...

Un exemple en nutri? Il y en a des milliers... Une lectrice vante un petit déjeuner fameux sur le net "Miam o fruits", inventé par une amateur, France Guillain, sympathique mais très fantasque - premier repas du matin qui remplace la Crème Budwig de la doctoresse Kousmine, experte s'il en est - ou le muesli du docteur Bricher, tout aussi pointu. La crème Budwig était étudiée avec finesse pour apporter de multiples bienfaits, tout comme le muesli de Bircher, dont le dosage n'avait rien à voir avec ce qu'on appelle muesli aujourd'hui. Le Miam o fruits est un brouet de fruits et de noix, qui se substitue avantageusement au pain confiture du matin pour qui a la dent sucrée, mais qui n'a que peu d'intérêt nutritionnel. Plutôt des inconvénients digestifs et immunitaires à moyen terme, mais ici n'est pas le lieu de démonter les mythes nutritionnels. Je veux pointer le fait qu'un lecteur lambda ne peut plus savoir s'il suit une sosotte du net ou un fondamental.