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Pourquoi ne pas vendre vos livres sur Amazon


4.10.2019. Rubrique non-food du site. A la demande de ma société sœur qui importe les extracteurs de jus Jazz et les vend sur Amazon, j’ai accepté de faire un petit essai récent. J’ai annoncé quelques livres sur leur boutique Amazon, à côté de leurs extracteurs. Aujourd’hui, fin de l’essai de quelques mois.

 


Pourquoi ? Je vous passe mes vieilles rengaines sur l'attitude léonine de ces géants GAFAM, leur éviction fiscale et tva ainsi que la désertification des petites librairies qu'ils entraînent (voir billet précédent et voir tout le dossier anti-gafam de 20 pages).

 

Une raison pragmatique me motive, que je partage ici. Sachant qu’amazon ne sert que de vitrine (ils utilisent des robots pour afficher les livres, ils n’ont strictement aucun frais de personnel, c’est l’éditeur ou le vendeur qui fait tout le boulot d’encodage), calculez chers amis petits éditeurs ou autoéditeurs, ce que coûte la vente par amazon.

Amazon annonce une comm' de 15% mais prend en réalité 24% sur chaque livre si l'on évalue les 0,61€ forfait par transaction + le fait que ces 15% sont calculés AUSSI sur les frais de port.
Vous vendez  un livre 15,50€, le client paie 4,99€ de frais de port. Vous touchez de la part d’Amazon 13,175€ +4,24 de frais de port - 0,61€ par transaction: 16,80€
Si la commission de vente était réellement de 15%, vous auriez touché 18,165€.

Les  frais de poste de 4,99€ sont un minimum puisqu'il faut désormais envoyer en suivi, qui coûte selon le poids du livre de 3,80€ (pour un livre très très léger) à 5,50€ (pour un livre ordinaire - tarifs 2019). On perd déjà souvent sur ces frais d'envoi, puisqu'il faut aussi évaluer la manutention et le coût de l'enveloppe. L’envoi d’un livre ou plusieurs coûte toujours plus cher que le simple frais de port.
Ce sont donc des frais incompressibles.

Dans les faits, vous avez donc touché 16,80€ - 4,99€ (moins une petite perte de frais enveloppes/manutention que je n'évalue pas ici) - soit 11,81€, ce qui nous fait le prix du livre moins 24% et non 15% : 11.81€ divisé par 15.50€ nous fait 76% et non 85% du prix du livre.
Ce n’est rien comme différence ? Projetez sur un plus grand volume, par exemple si vous vendez 100 ou 1000 livres par mois sur votre boutique amazon (en vente directe et non « envoyé par amazon » où vous perdez encore bien plus).

Projetez aussi en incorporant la perte sur les frais de port: vous payez 5.50€ (+ manutention et blabla), mais vous recevez 4.99€ par livre (ou 4.24€ après frais de commission d'amazon). Sur un livre: bof! Sur 1000 livres: ouille.

Calculez aussi le manque à gagner des retours indus, vu qu'amazon et tous les portails autorisent le lecteur à renvoyer le livre sans explication dans un délai de 14 jours. On sert donc de bibliothèque gratuite. Et le manque à gagner de livres déclarés comme "non reçus" par les lecteurs malgré le port suivi. Amazon leur donne systématiquement raison, avant même de vérifier avec vous: vous perdez le livre, l'argent du livre et les frais de port.

Outre qu’il est détestable de se faire arnaquer, même en finesse, ces 24% se rapprochent de la commission de 30% que vous payeriez un libraire pour vendre votre livre, libraire qui fournit un travail réel et palpable, à l’inverse des robots du géant. Alors, pourquoi ne pas vendre aux libraires plutôt ?

« Ah, mais il faut être sur amazon, sinon on ne trouve pas tes livres ».
Ah ouais ? Les gens qui lisent encore ne sont tout de même pas des ahuris. Ne me dites pas qu’ils ne font pas au moins une recherche, soit sur google pour les plus amateurs de servitude, soit sur des moteurs indépendants pour les plus autonomes. Tous mes livres sont en vente chez tous les libraires alors même qu’Aladdin (donc moi-même) a choisi de ne plus fonctionner avec un distributeur (ce qui nous forcerait à renoncer à notre choix de micro-éditions et qui nous obligerait à accepter la vente sur tous les portails internet habituels).

Les libraires qui prétendent ne pas les trouver n’ont tout simplement plus l’énergie ni la foi suffisante pour consulter la base de données Electre et nous envoyer un courriel de commande. On les comprend, ils gagneraient des picaillons pour la commande d’un seul livre.
Au passage, félicitations chaleureuses à tous les libraires qui nous font confiance, en achetant souvent un seul livre à la fois. Courriel, facture proforma, règlement bancaire, tout ça pour un bénéfice d’un euro ou quasi : bravo !

Comme microéditeur, nous avons choisi de refuser la vente par tout autre portail que notre propre boutique de secours (Greenshop, boutique « de secours » pour ceux qui ne trouvent vraiment pas le livre en librairie).
Nous devons être les seuls en francophonie, car nous avons plusieurs fois dû intervenir auprès de portails qui pompent les données de la base commune Electre et les injectent dans leur portail - manœuvre informatique simplissime (c’est mon ancien métier). A leur grande surprise, apparemment car "enfin, madame, tous les autres sont enchantés d'être représentés".

Vu que, de toute façon (et ce n’est pas un scoop pour les lecteurs assidus du blog), l’édition telle que je la pratique est une opération à perte, je peux me permettre d’être cohérente avec mon opposition foncière aux Gafam. Je quitte donc joyeusement ces farceurs de robots amazoniens.

J’ai ainsi pu démontrer à mon camarade de chez Jazz qu’en 6 mois nous n’avons pas vendu plus de livres sur amazon + greenshop que ce que nous vendions auparavant sur greenshop seulement. En ces quelques mois, amazon a simplement siphonné une partie des ventes de greenshop. Résultat : double boulot pour le même volume de vente mais pas pour le même revenu. Retour à ma démonstration en chiffres ci-dessus. Et je ne peux évaluer ce qu’amazon a siphonné de ventes possibles chez les petits libraires pendant ce temps.

Oh, mais que je suis contente contente contente de pouvoir ôter mes livres de ce portail... et d'avoir eu raison (mais ça, j'ai l'habitude...).


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