taty lauwers

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En recherche d'un "devenir soi" nutritionnel... Lire la suite

Ken Wilber notes de lecture

janvier 2016. Je viens de retrouver du site datant de 2000 des notes de lecture du livre "Une brève histoire de tout", Ken Wilber, éditions de Mortagne, 1997. Notes de lecture limitées à ce qui peut être projeté sur le sujet de ce site, alias "rapports culture/nature" dans l'assiette.

(sur le koan du Zen: "Quel est le son d'une main qui applaudit?")

"Alors, quel est le son de cette seule main qui applaudit? Quelle est la saveur de cette Saveur Une? Quand il n'y a rien en dehors de vous qui puisse vous frapper, vous blesser, vous pousser, vous tirer --quel est le son de cette seule main qui applaudit?
  
Vous voyez la lumière du soleil sur les montagnes? Vous sentez cette brise fraîche? Qu'est-ce qui n'est pas absolument évident? Qui n'est déjà illuminé? (...) Il n'y a pas de deux-fois, de deux-ité  (twoness) dans l'expérience immédiate! Pas d'intérieur et pas d'extérieur, pas de sujet et pas d'objet -- juste la conscience immédiate elle-même, le son d'une seule main qui applaudit."


p 327 Sur l'émergence du concept de terre plate
   
"Avec le paradigme fondamental des Lumières, on a dressé des cartes de toute la réalité (...) en des termes empiriques et monologiques. C'était une tentative pleine de bonnes intentions mais profondément confuse de comprendre la conscience, la morale, les valeurs et le sens en les plaçant sous le microscope du regard monologique.
   
(...) Les profondeurs intérieures ont complètement disparu. On n'a pas pu les trouver avec le regard monologique, alors on les a rapidement déclarées inexistantes, illusoires, dérivées ou épiphénomales -- ce sont tous des mots polis pour dire "ça n'est pas réellement réel". Tous les je et tous les nous ont été réduits à de simples cela -- atomiques ou holistiques, selon vos préjugés -- qui tous n'avaient, au mieux, qu'une adéquation fonctionnelle.
   
Aucun de ces cela entrelacés ne peut être qualifié de meilleur, de plus profond, de supérieur ou de plus précieux; il n'y a que des surfaces, toutes également plates et interminablement fades, qui se précipitent en tous sens dans les systèmes objectifs, et donty aucune n'a la moindre idée de ce que sont la valeur, la profondeur, la qualité, le bien, la beauté ou le mérite.
"  

p 339 Cette grille descendue a marqué "le salut dans le monde moderne - qu'il soit offert par la politique, les sciences, la résurgence de la religion de la terre, le marxisme, l'industrialisation, le consumérisme, le retribalisme, la sexualité, la résurgence horticole, le matérialisme scientifique, l'adoration de la déesse de la terre, les écophilosophies ou tout ce que vous voulez. On ne peut trouver le salut sur cette terre que dans le phénomène, que dans la manifestation, que dans le monde de la Forme, que dans la pure immanence, que dans la grille Descendue. (...) toute la modernité et la post modernité se meut essentiellement et presque entièrement à l'intérieur de cette grille Descendue, la grille de la terre plate. (..) C'est simplement la domination des Descendants. Ils suivent avec ferveur leur propre dieu également fractionné, duel et décimé, leur propre Déesse brisée, leur propre pensée partiale, limitée et infirme. C'est une religion de grande compassion et de peu de sagesse. De beaucoup de Bonté et de peu de Bien. D'une Forme merveilleuse mais d'aucune Vacuité. De la glorification du Multiple et de l'oubli de l'Un. C'est tout Agapé, pas d'Eros. C'est tout terre plate."


p 347 (à partir du XVIIIème siècle...) "toutes les dimensions intérieures (...) ont été évacuées, mises de côté, et le fantôme dans la machine a commencé son triste et solitaire gémissement moderne, un cri obsédant rendu encore plus plaintif parce qu'il n'avait pas même le pouvoir d'attirer l'attention."


p 355 "Et nous, les modernes et les postmodernes, errons à l'intérieur de cette grille Descendue, dans une perplexité incrédule, coupés de la Source, du Fondement et du But -- attendant, ou du moins le prétendons-nous, le retour d'un Dieu perdu qui a pris la fuite et dont nous refuserions néanmoins rageusement le règne; attendant le retour d'une Déesse que nous ne reconnaîtrions même pas si elle revenait; brutalement pris entre deux rêves, l'un parti et inaccessible, l'autre naissant, plein de brillantes promesses, semble-t-il, mais luttant dans l'agonie des douleurs de son enfantement. Perdus dans l'horrible entre-deux, nous cherchons avec ferveur un salut infini dans un monde fini, et nous vivons dans les ruines poussiéreuses de cette absolue impossibilité."


p 366 Après avoir expliqué que "là où les Lumières du XVIIème approchaient le monde plat et descendu par un calcul rationnel et industrieux, les Romantiques l'approchaient par la sensibilité le sentiment et l'émotion"...

"Q. Alors nous avons l'Ego-Lumières d'un côté et la rébellion écoromantique de l'autre?
R. Au sens le plus général, oui. Ces deux infirmes rescapés ont émergé des débris fracassés laissés par l'effondrement du Kosmos. Sur quoi une bataille extraordinaire a commencé entre ces deux camps, les deux affichant un mépris total de l'autre, les deux convaincus de détenir les solutions aux dissociations de la modernité, et les deux pourtant complètement enfermés dans la même grille Descendue* (...)"


p 402. sur le rêve Nouvel Age qu'internet serait la voie vers une conscience humaine plus globale
(...) c'est qu'un grand nombre des hommes de l'Infobahn sont des prédateurs digitaux - de guerriers informatiques égocentriques qui n'ont que aire de la coopération intersubjective eg de la reconnaissance mutuelle.  


p 380 "Parce que le fait est, à l'évidence, que la sagesse écologique ne consiste pas à vivre en accord avec la nature, elle consiste à savoir comment les sujets se mettent d'accord sur la manière de vivre avec la nature. Cette sagesse est un accord intersubjectif dans  la noosphère, pas une immersion dans la biosphère."


p 408, vieux conte de l'hindouisme védantique

Un homme se rend auprès d'un sage illuminé et lui demande quel est le sens de la vie. Le sage lui donne un bref résumé de la vision védantique, à savoir que le monde entier n'est rien que le suprême Brahman ou la Divinité, et que, de plus, votre propre conscience, celle qui observe, est une avec le Brahman. Votre soi  lui-même est en identité suprême avec Dieu. Etant donné que le Brahman crée tout, et que votre Soi le plus élevé est un avec le Brahman, il s'ensuit que votre Soi le plus élevé crée tout. Jusqu'ici ça ressemble décidément à Nouvel Age City.
   
Le gentleman repart, convaincu d'avoir compris le sens ultime de la vie, à savoir que son propre Soi le plus profond est en fait Dieu et crée toute réalité. Sur le chemin du retour, il décide d'éprouver cette curieuse idée. Droit devant lui, un homme montant un éléphant se dirige sur lui. Le gentleman se tient au milieu de la route, convaincu que s'il est dieu l'éléphant ne peut lui faire de mal. L'homme sur l'éléphant ne cesse de crier: "Ecartez-vous! Ecartez-vous!".
  
Mais le gentleman ne bouge pas - et se fait proprement aplatir par l'éléphant.
  
Notre homme retourne en boitant vers le sage auquel il explique qu'étant donné que le Brahman ou dieu est tout, et que son Soi est un avec Dieu, l'éléphant n'aurait pas dû lui faire du mal. "Oh, oui, tout est effectivement Dieu, répond le sage, alors pourquoi n'avez-vous pas écouté Dieu quand il vous a dit de vous écarter?"