taty lauwers

cuisinez selon votre nature

En recherche d'un "devenir soi" nutritionnel... Lire la suite

Diète cétogénique: pour qui? pourquoi? p. 54

Cet automne, je publierai régulièrement des brouillons de mon livre à paraître sur le sujet, comme c'est mon habitude. Si j'écris des âneries, c'est le lot des brouillons. Ils seront relus et corrigés, vous aurez la version épurée dans le livre final.
Executive summary: voir mon pitch.
Aujourd'hui: Réflexions autour du GKI ou ratio glycémie/cétones du professeur Seyfried.

Réflexions autour du GKI ou ratio glycémie/cétones du professeur Seyfried


Le professeur Thomas Seyfried, spécialiste du cancer et de la diète cétogénique, utilise un ratio plus pointu que la cétose nutritionnelle de Phinney/Volek: le ratio gluco-céto ou GKI (glucose/ketone index), qui est le rapport du taux de glycémie divisée par le taux de cétones, les deux étant calculés en mmol/L. Pour soigner le cancer ou l'épilepsie, le ratio doit être inférieur à 1 selon les premiers écrits, entre 1 et 2 selon les plus récents ("The zone of metabolic management is likely entered with GKI values between 1 and 2 for humans. Optimal management is predicted for values approaching 1.0"). S'il faut utiliser ce ratio, je mettrais plutôt la valeur à 3 pour de multiples raisons que j'expose ici. Si l'on veut mon avis, on peut même se passer de ce ratio, d'autant plus que l'auteur indique lui-même "Further studies will be needed to establish the validity of the predicted zone of management." Sauter à la conclusion.

Je ne l'ai écouté qu'ici. Je n'ai pas lu son livre, j'ai le souvenir qu'il était hors de prix . J'ai compris les principes, avec toutes interventions des autres experts lors du même colloque Epigenix. J'ai repris son ratio parce qu'il est considéré comme un "pape", mais j 'ai de la peine à imaginer comment on aurait un ratio catastrophique si on maintient une cétose moyenne à élevée (hors cas pathologique de diabétique de type 1 qui veut se suicider par la céto-acidose). Dans le topo expert à paraître "Itinéraire de décrochage des sucres" je propose même de s'économiser l'achat de tigettes céto ou de cétomètre et de ne se fier qu'au glucomètre. Les signes de cétose sont quasi les mêmes pour tous les mangeurs, pourquoi se compliquer la vie? Pour les cancers en revanche, les tigettes cétose s'imposent, non?

Calcul du ratio

Pour transposer à l'Europe, nous devons d'abord traduire les valeurs glycémie en mmol: les diviser par 18. Un taux de 83 mg/dL à jeûn est donc une valeur 4,6 mmol/L. Un taux de 126mg/dL à jeûn équivaudrait à 7mmol. Voir aussi un tableau d'équivalences.

Mon cas perso. Une glycémie de 83mg, donc à 4,6mmol/L, combinée à une cétose douce de 1.5 mmol/L équivaut à un ratio de 3. Une glycémie de 110mg/L (= 6.11 mmol/L) et une cétose de 1.5mmol/L donnerait un ratio de 4, qui est suffisant pour guérir l'insulinorésistance ou soulager le diabète, mais trop élevé pour un cas de cancer, selon Seyfried. Ma glycémie en cétose douce est à 4mmol/L (0.7g/L). La cétose douce qui m'est confortable est sous la barre des 4 mmol, j'ai plutôt une moyenne de 3 maximum sur la journée. Au-delà, je ressens des effets secondaires (dans le cerveau au principal, et si ça dure je deviens anorexique: impossssssible de manger!). Si j'ai une rechute de cancer et que je veux le niquer avec la cétogénique, mon ratio serait donc de 0.7, si je pratique la cétogène douce à ma façon. Si je me laisse aller à une cétose de 1.5 avec la même glycémie, je passe à un ratio de 2.66, qui serait trop haut selon le prof' et dont seul le test de mes marqueurs perso sera le juge final.

Réalité du ratio

Dans les faits, tenir ce ratio est difficile. Dans les premiers écrits de T. Seyfried, j'avais noté qu'il fallait faire la moyenne des glycémies, à jeûn compris. Se baser sur une valeur à jeûn peut fausser la donne. Il ne faut pas oublier que quantité de pratiquants du LCHF ou LCVHF (la cétogène) peuvent avoir, après quelques mois de pratique, des valeurs de glycémie à jeûn qui, grimpent bien au-dessus de 1g/L. Voir le billet. Phénomène naturel, qui se règle dès qu'on mange: les valeurs reviennent à 0.8, 0.7 etc. Mais ouf, dans la seconde publication The glucose ketone index calculator: a simple tool to monitor therapeutic efficacy for metabolic management of brain cancer, il précise de noter les valeurs après les repas "(...) and blood glucose and ketone values should be measured 2–3 hours postprandial, twice a day if possible. "

Je pense aussi à des cas comme le mien qui arrivent péniblement à la cétose en suivant les conseils habituels. Je dois pratiquer un plan à zéro glucides ou quasi pour entrer en cétose franche (visible sur les tigettes). Dans son livre de 1972 le dr Atkins relatait pas mal de cas de ses patients qui n'arrivaient pas non plus en cétose en jeûne au gras (la phase d'induction). Certains devaient retirer le café, d'autres les laitages pour pouvoir finalement atteindre la cétose voulue. Je n'ai pas le souvenir qu'il ait relaté un cas zerocarb comme moi, mais j'en vois pas mal de cas sur les sites zerocarb actuels. Imaginons une de ces curieuses biochimies victime d'une tumeur et peinant à entrer en cétose franche... ne lui compliquons pas la vie.

En phase 1, il demande un chiffre moyen de glycémie à 3.0-3.5 mM (55-65 mg/dl) et une cétose de 4 à 7 mmol. Il demande d'ajouter des MCToils. Ce taux glycémique de 4-7 mmol est à mon sens illusoire avant que l'organisme ne soit bien rodé, pensons à ces malades qui étaient diabétiques ou prédiabétiques avant le cancer et qui viennent de taux glycémiques bien supérieurs. On pourrait imaginer se satisfaire de taux déjà bien inférieurs aux taux considérés comme normaux -> au moins viser 0.85mg/dL pour commencer.

En outre, je trouve ces chiffres GKI bizarres si je relis attentivement son étude de base, qui relate des effets positifs avec des valeurs bien supérieures à 2. Certes, le ratio GKI de 50 que l'on voit chez les cancéreux classiques est peut-être une prescription de malheur, mais de là à baisser la norme à des taux ingérables? Je pense aux cancéreux amateurs de GKI dont j'ai lu les témoignages sur les forums et les groupes FB, qui se désespèrent d'y arriver en permanence. Je n'ai pas lu le livre de Seyfried, hors de prix en neuf ou en occasion. Je commence demain la lecture de Tripping over the truth, de Christofferson. Je corrigerai le billet avec mes notes de lecture. Et enfin, selon cette étude, Seyfried tire ces chiffres de quelques cas seulement, qui au surplus sont quasi tous des cancers du cerveau.

Est-ce bien rigoureux de postuler des index et des valeurs-types sur de si fragiles bases? Je préfère me limiter au graphique de cétose nutritionnelle de Phinney qui sont des spécialistes de performances sportives en précisant que, pour le cancer, la glycémie moyenne doit rester sous la barre des 85mg/dL. Si vous voulez utiliser le GKI malgré tout, je me permets d'adoucir les angles: il me semble qu'un ratio de 3 est encore la marque d'un bel état de propreté dans la combustion interne. Surtout, c'est ratio tenable sur la durée, ce n'est pas une prouesse.

Dernier cas de figure d'une a-typique (my little nobody me, en l'occurrence, mais j'en subodore quelques uns en lisant les forums). J'atteins facilement la cétose de 1.5mm mais je n'entre en cétose de 3 qu'à condition de manger ZEROcarb et de ne choisir que des viandes, du bouillon et du fromage frais. Entre outre, si je monte encore plus haut, j'ai des effets secondaires désagréables, le premier étant que je ne peux plus manger. Oui, "peux", càd je regarde la nourriture et c'est comme si tu me demandais de manger du carton. Si j'avais un cancer, devrais-je me braquer sur ce chiffre de 3mmol au risque de me carencer en antioxydants ou autres bénéfices des légumes?

de me rendre anorexique? Il faut trouver une autre voie...

Le génial Seyfried n'est pas un coach pragmatique comme nous, il cherche des protocoles, c'est un chercheur. Nous, coachs de terrain, on peut faire avec ce qu'on a. En plus, il ne connaît probablement pas les nourritures vraies (si je décrivais les mixtures dont sont nourries les souris d'expériences...), donc comme tous ces chercheurs qui ne pensent pas au côté délétère des aliments surmanufacturés, il doit agir radicalement. C'est mon hypothèse, peu défendue en science actuellement, patientons encore dix ans.

Pour mieux vous représenter des cas de figure réels en GKI, j'ai tiré rapidement un petit tableau excel des variations possibles.

Le tableau gki

Libellés. GLY = glycémie à jeûn (testée avec glucomètre, en mg/dL) - CETO = cétnonurie à 18h (calculée avec tigettes)- GKI = gluco/keto index à la Seyfried

GLY* CETO* GKI*
80 1,5 2,96   1.5 = minimum  requis pour cétose nutritionnelle
95 1,5 3,52
110 1,5 4,07  = GLY possible à jeûn chez les pratiquants LC au long cours, mais pas en post-prandial
125 1,5 4,63  = GLY possible à jeûn chez les pratiquants LC au long cours
       
85 3 1,57   3 = taux de cétose le plus courant en cétogénique bien menée, le soir
95 3 1,76
110 3 2,04
125 3 2,31
       
85 4 1,18    4 = taux de cétose le plus courant, moyenne sur la journée
95 4 1,32
110 4 1,53
125 4 1,74
       
85 8 0,59   8 = pointes de cétose, considérées hors "cétose nutritionnelle" par Volek et Phinney
95 8 0,66
110 8 0,76
125 8 0,87
       

pour info, hors cétose

85 1 4,72   hors cétogénique,1 = parfois taux le matin après longue nuit
95 1 5,28
110 1 6,11
125 1 6,94
       
85 0,5 9,44   hors DS et cétogénique, 0.5 = PAS de cétose
110 0,5 12,22
130 0,5 14,44   GLY 130 = taux glycémie d'un diabétique normalisé, qui peut rester toute la journée
180 0.15 66.67   cas de figure extrême
       

Ma conclusion. A ce stade de ma compréhension, le calcul GKI de Seyfried est une prise de tête, même pour les cas de cancer francs. Laissons les spécialistes tester ces valeurs sur une large population. Avant vérification de ses données, contentons-nous de cibler, dans les cas de cancer, une glycémie moyenne sur la journée de 0.85g/L ou inférieure et une cétose du soir de 3 minimum.

Hypocalorique?

Autres exigences de Seyfried pour la cétogénique contre le cancer. Il demande un ratio hypocalorique s'il en juge par ses études, MAIS il a testé sur des rongeurs. Nous, humains, sommes parfois assez équilibrés au plan psychique pour gérer un cancer sans en plus s'affliger une double peine de ration réduite. A voir avec un coach personnel selon le cas individuel.

En outre, il se pourrait bien que l'effet des réductions caloriques qu'il a observées soient dues au calme de la voie mTOR, ce qu'on peut reproduire en mangeant ad lib mais optimo-protéiné (avec pile poil la dose de protéines nécessaire, plan à la Rosedale). Ou en pratiquant le jeûne intermittent.

   NB. Pour interagir sur ce billet, rv sur le forum

 

retour page 1