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Poncif n° 1: les gaz à effets de serre/GES et l'élevage bovin

15.01.2020 Légende urbaine: l'élevage est polluant et rejette plus de GES que les transports.
Réalité : On comparait des données incomparables en prenant des sources utilisant des méthodes différentes (GIEC et FAO). L'erreur a été corrigée officiellement, la part de l’élevage est bien plus faible que ce qu’affirment de nombreux militants: 2 % pour les bovins en élevage industriel à l'américaine; imaginez les valeurs pour l'élevage en pâture à la française!

Poster conjoint à "Manger sans produits animaux?", série destinée aux parents et enseignants



"Nourritures vraies"
nouvelle édition 2018



Dire que l'infographie que je commente ici provient d'un grand journal belge, que je ne citerai pas. Journalistes, réveillez-vous, vérifiez vos sources!

Selon les chercheurs de l'INRA française: "On compare souvent des chiffres non comparables ! C’est le cas quand on affirme que l’élevage rejette plus de GES (14,5%) que le secteur des transports (14%) en oubliant que ces deux chiffres sont obtenus par des méthodes différentes. Le calcul pour l’élevage émane de la FAO, sur le modèle des analyses de cycle de vie, qui inclut  diverses dimensions de l’élevage. Alors que le calcul pour les transports, qui émane du GIEC, ne prend en compte que les émissions de GES des véhicules en circulation. Par la méthode d’analyse de cycle de vie, cette valeur serait beaucoup plus élevée" .

Voir dans l'article original pour les sources

En mélangeant les méthodes, les communicants ont involontairement propagé une légende qui équivaudrait à comparer le prix d'une voiture hors tout avec le prix d'une autre voiture, essence, assurance et entretien compris. Peu rationnel, n'est-il pas? Le GIEC a évalué la simple production de gaz de véhicules là où la FAO a calculé l'impact de l'élevage "depuis l’utilisation des terres pour la production d’aliments du bétail jusqu’au transport des produits de l’élevage au point de vente". Heureusement, les chiffres ont été recalculés, je les transmesttrai dans un billet ultérieur.



Les amateurs de vidéo écouteront avec plaisir le délicieux
Etienne expliquer le même concept. Il s'annonce comme "agri-youtubeurre" :):

 

J'ajoute un autre angle de vue qui dépasse les chiffres purs: il faut envisager des variables plus fines comme les "4.7 % de GES issus de la culture de végétaux comprennent du protoxyde d’azote N20 298 fois plus polluant que le CO2, effet notable de la culture du riz sous inondations intermittentes".
  Lire la suite chez Bernard Bel.

Penser aussi que les taux de méthane produits sont différents si la vache broute au pré ou si on envisage des étangs de lisier - quelle valeur a été reprise dans les calculs?

Il est surprenant de lire, même chez les quelques penseurs alternatifs qui pourtant déconstruisent ce mythe fondé sur de fausses comparaisons, qu'il faudrait malgré tout virer la viande... Ah, pensée magique quand tu nous tiens! Le steak ± le choix du prédateur ± le mouvement Me-too: que de confusions mentales et subconscientes, on confond tous les combats, ma parole. Ce serait le sujet d'un livre entier.

Je préfère la posture des nourritures vraies: consommer plus de légumes frais et varier les sources de protéines avec des oeufs, des fromages, des insectes, des lentilles, garder la viande mais la choisir d'élevage sain, en pâture, et en manger de temps en temps (en l'occurrence 3 repas par semaine de viande ou volaille si on veut suivre la grille des omnivores, ce qui est bien moindre que les 12 repas par semaine d'une grande majorité des mangeurs européens). Voilà du bon sens, qui ne joue pas sur le ressort de culpabilisation et qui laisse la liberté à chacun de manger.

Et je préfère la finesse d'une Diane Rodgers, que je relaye ce mois-ci, diététicienne américaine qui connaît l'agriculture pour la pratiquer, qui pointe toutes les incohérences du discours viande/climat.
 Voir son site www.sustainabledish.com ou lire un extrait de son livre à paraître "Les flatulences bovines détruisent-elles la planète"?

Amis écolos, j'ai aussi propagé ce poncif "méthane bovin/climat" à mon heure, hélas! Faites comme moi: faites-vous un avis éclairé, revoyons le débat, voulez-vous?

Pour ma part je reviens toujours à ma conclusion: plutôt que de pointer "la" viande dans l'absolu (car il n'y aurait qu'"une" viande?), regardons si notre planète n'est pas plutôt malade de l'industrialisation à outrance, de la consommation ébahie, des transports inutiles, de l'énergie à gogo... Achetons local, artisanal, durable, par exemple. Nous défendrons ainsi ce qui nous reste d'agriculture à l'ancienne.

Sous peu, un poster en français, traduit du site Sacredcow.info, où l'on verra les chiffres revus et actualisés: qui produit vraiment le plus de GES? L'infographie originale, en anglais, se trouve sur la page de Bernard Bel citée plus haut.