taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Relire les conseils "plan anti-cancer"

5.2.2021 "Relire les conseils "plan anti-cancer" de l'OMS et de l'UE, avec le professeur Leroy ... et des centaines d'autres scientifiques"
Le 4 février était la journée internationale de la lutte contre le cancer. La Commission européenne a présenté ce jour-là son nouveau programme contre le cancer "#EUCancerPlan". Le professeur Leroy analyse les conseils dans le contexte « viande et cancer ». Les « experts » européens ont mal lu la documentation à leur disposition, à l'instar des nutritionnistes de l'OMS/CIRC. Aidons-les donc avec cette petite série de tweets, petite dans sa forme et grande dans son analyse percutante de la documentation scientifique.

#boeufemissaire. Article conjoint à "Rumeurs antiviande: légendes et réalités", série destinée aux parents et enseignants

"Nourritures vraies"

nouvelle édition 2018


Je ne veux convaincre personne dans l'absolu. Je demande à mes interlocuteurs qu'avant de discuter ils aient lu ou étudié toute la documentation, tant pro qu'anti-viande. Faute de quoi, l'on démarre sur des blocs de biais cognitifs bien bétonnés. Et on ne discute pas, on se dispute. Pfffft!

Traduction du fil

Source: https://twitter.com/fleroy1974/status/1356980818422476810

"J'applaudis la mise en garde du #EUCancerPlan *mais*  mettre la viande (un aliment nourrissant et évolutif) dans la même catégorie que les cigarettes pour résoudre un problème de santé contemporain, revient à fonder la politique sur des hypothèses plutôt que sur des données solides.
#Suivre la science oui, mais pas seulement une partie !

 Certes, quelques études ont mis en évidence des ASSOCIATIONS entre une consommation élevée de viandes rouges et de viandes transformées et une incidence (légèrement !) accrue du cancer colorectal. De plus, @WHO/CIRC est souvent mentionné en soutien (généralement de manière hyperbolique).

N. Taty : CIRC = IARC en anglais, Centre international de recherche sur le cancer, instance de l’OMS qui a défini les catégories cancérigènes et dont le professeur Leroy semble sous-entendre que les "experts" européens ne font qu'un copié/collé. Mon hypothèse...


Regardons tout cela de plus près !

Tout d'abord, énoncer que la viande serait  "associée" au cancer est très différent de l'affirmation selon laquelle la viande CAUSE le cancer.

L'utilisation injustifiée d'un langage causal est très répandue dans les sciences nutritionnelles, ce qui pose un problème systémique et mine la crédibilité.

Lire https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3280017/
« Utilisation du langage causal dans les études observationnelles sur l'obésité et la nutrition »
Stacey S. Cofield,a,* Rachel V. Corona,b et David B. Allisona,c, dans Obes Facts. 2010 Dec ; 3(6) : 353-356.
Objectif : Évaluer l'utilisation inappropriée du langage causal dans les études sur l'obésité et la nutrition.

 

C'est parce que les données d'observation sont CONFONDUES (même après ajustement statistique).

Le biais de l'utilisateur sain est un problème majeur. Les classes moyennes en bonne santé sont TENUES de manger moins de viande rouge (pour des raisons historiques plutôt que rationnelles, cf. lien). Ainsi, elles obéissent.

Ce qui est saisi ici est de la sociologie, et non de  la physiologie.

Les Occidentaux soucieux de leur santé mangent moins de viande rouge, alors que ceux qui ne suivent pas les conseils diététiques ont tendance à avoir un mode de vie plus malsain.

Cela nous en dit très peu sur le fait que la viande soit responsable de maladies.

Avec des risques relatifs très faibles (<<x2), nous ne pouvons pas formuler de conclusions causales solides.

Exemple : une personne présentant un taux élevé de graisse viscérale doit en effet être inquiète (6x le risque de cancer du colon !) Pour la viande, cependant, le niveau de risque est si faible (proche de x1), que nous quittons le raisonnement logique.

Pire : les associations sont probablement de simples artefacts.

Pourquoi ?

Lorsque nous examinons des études mieux conçues ou que nous sortons du contexte américain (par exemple en Asie ou dans le monde entier), consommer PLUS de viande est associée à une MEILLEURE santé ( !?) Ce qui indique une construction culturelle plutôt qu'un paradoxe.

Pour être équitable, les chercheurs sont généralement plus nuancés que les décideurs politiques.

Comme l'indique cette étude très citée sur la viande et la mortalité, les données "doivent être interprétées avec prudence en raison de la grande hétérogénéité observée [&] de la possibilité de confusion résiduelle".

Lire https://www.cambridge.org/core/journals/british-journal-of-nutrition/article/association-between-total-processed-red-and-white-meat-consumption-and-allcause-cvd-and-ihd-mortality-a-metaanalysis-of-cohort-studies/35CB32B716F2FBAF6119070029193544#
 »Association entre la consommation de viande totale, transformée, rouge et blanche et la mortalité toutes causes confondues, les MCV et la DHI : une méta-analyse des études de cohorte dans BJN Itziar Abete » - , Dora Romaguera , Ana Rita Vieira , Adolfo Lopez de Munain  et Teresa Norat
( Les résultats de la présente méta-analyse indiquent que la consommation de viande transformée pourrait augmenter le risque de mortalité de toute cause et de MCV, tandis que la consommation de viande rouge est positivement mais faiblement associée à la mortalité due aux MCV).

Même le groupe d'experts OMS/CIRC qui s'est penché sur le lien entre la conso de viande et le cancer colorectal a déclaré que "d'autres explications des observations (hasard, biais ou confusion) ne pouvaient être exclues", tandis que "la consommation de viande rouge n'a pas été établie comme une cause de cancer". Source : https://who.int/news-room/q-a-

Les données d'observation établissant des associations entre la consommation de viande et les maladies doivent donc être inspectées avec soin. Au mieux, cela crée une HYPOTHÈSE qui doit être validée dans des études d'intervention.

Mais.... de telles études n'indiquent pas les dégâts prévus…

Il est vrai bien sûr que de tels essais sont difficiles à mener sur le long terme chez l'homme & s'appuient sur des biomarqueurs imparfaits. On peut aussi utiliser des modèles animaux ou des cultures cellulaires. Encore une fois : Preuves INSUFFISANTES (sans parler des problèmes d'extrapolation)

 

 Un autre problème :  le choix biaisé d’études

N. Taty : appelé « cherry picking » en anglais, càd je choisis les meilleures cerises sur l’arbre

Bien que la conso de viande soit associée (légèrement) au cancer colorectal, pourquoi ne pas mentionner également que la conso de viande présente une association PROTECTRICE avec le mélanome ? Ou que les végétariens au Royaume-Uni ne sont pas mieux lotis que les mangeurs de viande? Ou que des études plus récentes montrent l'absence d'effets ?

 Revenons à l'OMS/CIRC et au fait qu’elle affecte  la viande rouge au groupe 2A ("probablement cancérigène pour l'homme").  Pourquoi ont-ils fait cela et qu'est-ce que cela signifie ?

Il est bon d'avoir à l'esprit que cette question est plus controversée qu'il n'y paraît. Un des experts de l'OMS/CIRC, le Dr. Klurfeld, a sévèrement critiqué ce choix.

Pour un aperçu de ses objections, voir : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32071794/ «  Quel est le rôle de la viande dans une alimentation saine ? », David M Klurfeld

En outre, il doit être clair que ces classifications de l'OMS/CIRC indiquent des DANGERS, et non des risques.

Pour passer du risque au danger, nous avons besoin... d'une évaluation des risques.

L'évaluation des risques indique qu'il n'y a pas d'arguments solides pour s'inquiéter, en particulier dans le contexte d'un régime alimentaire normal.

En effet, le CONTEXTE est tout.
La lumière du soleil est un #risque ("1"), plus que la viande rouge ("2A", qui est au niveau de pratiquer le métier de coiffeur) & aussi un #risque sous certaines conditions. Mais il est juste de dire que la lumière du soleil est surtout bénéfique (la vitamine D n'étant qu'une des raisons)

Il est évident qu'il ne faut pas consommer trop souvent de la viande trop transformée ou des steaks trop carbonisés.

Il ne faut pas non plus blâmer le haché de bœuf d’un hamburger sans prendre en compte le pain, les sauces, les frites et les boissons gazeuses ultra-transformées avec lesquels le boeuf est consommé.

Ainsi, dans le cadre d'un régime alimentaire sain, on peut raisonnablement s'attendre à ce que tout risque potentiel de cancer (s'il existe ; difficile à déterminer en raison des facteurs de confusion et des préjugés) ne soit pas pertinent.

Dans l'étude ci-dessous, par exemple, consommer plus de viande correspond à un risque plus élevé (moins de végétal) ou plus faible (plus de végétal+).

Lire https://www.mdpi.com/2072-6643/12/8/2265 « La co-consommation de légumes et de fruits, de céréales complètes et de fibres réduit le risque de cancer de la viande rouge et transformée dans une large cohorte prospective d'adultes du projet Tomorrow de l'Alberta ».

Certains auteurs commencent donc à s'interroger sur l'utilité des dispositifs de type CIRC dans un premier temps. D'autant plus qu'ils conduisent également à l'alarmisme et à la perte de bénéfices (viande = nutrition de qualité, etc.)

Il n'est pas étonnant que certains scientifiques de haut niveau, comme Gordon Guyatt (éminent expert dans le domaine de la médecine factuelle), aient critiqué l'OMS/CIRC après la publication de son rapport pour "avoir rendu un mauvais service au public".

L'année dernière, Guyatt et d'autres ont formalisé leur critique en examinant les preuves de manière exhaustive.

Lorsque l'on utilise des normes de preuve appropriées, les arguments contre la viande rouge et la viande transformée semblent minces (preuves faibles à très faibles).

Lire https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31569235/ « Consommation de viande rouge non transformée et de viande transformée : Dietary Guideline Recommendations From the Nutritional Recommendations (NutriRECS) Consortium « 

Dans l'éditorial de la revue, Carroll & Doherty a fait valoir que ceux qui cherchent à contester cette [évaluation] auront du mal à trouver des preuves appropriées pour étayer leur argumentation".

L’étude a provoqué une réfutation incohérente de la part des groupes anti-viande, qui affirment que nous devrions accepter des normes de preuve moins strictes en matière de nutrition, parce que... on ne peut pas faire mieux ( ?!)

L’étude a aussi entraîné une campagne de diffamation vitriolique.

Lecture intéressante ->  Article du JAMA :  https://tamus.edu/wp-content/upl

Quoi qu’il en soit, plusieurs autres scientifiques ont exprimé des préoccupations similaires :


Plutôt que défendre un a priori idéologique, revenons au bon sens : "qu'une maladie moderne soit liée à un aliment à l’ancienne  est l'une des choses les plus ridicules que j'aie jamais entendues dans ma vie".

Lorsqu’on choisit de   blâmer le régime alimentaire occidental comme cause du cancer, on gagnerait à incriminer plutôt la camelote ultratransformée…

 

Je termine ce fil de touittes ici avec la déclaration suivante : "nous soutenons que les allégations concernant les dangers de la viande rouge pour la santé sont non seulement improbables à la lumière de notre histoire évolutionnaire, mais qu'elles sont loin d'être étayées par des preuves scientifiques solides".
Source https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10408398.2019.1657063 « Les directives alimentaires devraient-elles recommander une faible consommation de viande rouge ? »
Frédéric Leroy Groupe de recherche en microbiologie industrielle et biotechnologie alimentaire (IMDO), Faculté des sciences et des sciences de la bio-ingénierie, Vrije Universiteit Brussel, Pleinlaan 2, Bruxelles, B-1050, Belgique ; & Nathan Cofnas Pages 2763-2772 | Publié en ligne : 05 sep 2019
Découvrir aussi  notre site aleph-2020  (créé et nourri par un consortium de plus de 35 scientifiques). Je vous invite à visiter la section Santé où nous affirmons non seulement qu'il n'y a pas de raison valable d'éviter la viande, mais aussi qu'elle peut entraîner la perte d'éléments nutritifs précieux. Lire https://aleph-2020.blogspot.com/p/introduction.html
La viande, en effet, est un aliment évolutif. Elle nous a rendus humains. Nous sommes *adaptés* à elle. Il serait très improbable qu'elle nous nuise à un point tel que nous devrions inclure sa restriction dans un #EUCancerPlan.


Lire https://aleph-2020.blogspot.com/2020/04/the-role-of-asfs-in-historical-diets.html