taty lauwers

cuisinez selon votre nature

En recherche d'un "devenir soi" nutritionnel... Lire la suite

annexe à mon livre
"Au-delà des régimes"

 

La cétogène ou LCHF?

Fais gaffe Jeanine, tu vas être emportée par la grrrrande vague qui vient... je la vois dans ton dos: la vague de la cétogène. Ou comment discerner les effets de la cétogène et d'un programme pauvre en glucides et haut en graisses (le LCHF), plus doux. Accessoirement, peut-on s'y fier pour mincir durablement?

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La céto? Génial programme, certes, pour certains profils. Système disproportionné pour la plupart des amateurs. En visite en magasin bio, je n'entends plus parler que de la cétogène, après avoir entendu "vegan" seriné pendant des années. J'imagine que les curieux se basent sur les témoignages d'effets mirifiques, prodigieux, enthousiasmants des premiers pratiquants américains, qui s'y sont mis depuis 4 ans à fond la caisse - quelques Français suivant le mouvement depuis 2 ans.

On se trompe peut-être de diète, comme on peut s'habiller "contre" son physique - disons comme quand à quatorze ans j'achetais les mêmes vêtements que ma très jolie copine de classe... croyant peut être ainsi devenir aussi la cible de tous les gars. J'étais juste boudinée dans ces petits pulls et jupes cintrées.

La cétogénique est une version extrême de LCHF (low carb high fat ou hypoglucidique et hyperlipique, qu'on connaît mieux sous l'intitulé Atkins chez nous), programme qui conviendrait à la majorité des mangeurs, en particulier ceux qui se sont fourvoyé en Végéland. Les mangeurs qui prospèrent en végé n'ont aucun souci à continuer, mais certaines natures ne sont pas moulées pour pratiquer le mode végé. Elles passent par un trimestre exaltant: de l'alimentation breughelienne actuelle à un mode végé plus drainant, c'est génial, ça donne des effets de calme métabolique prodigieux. Mais après trois mois, le soufflé retombe. Les effets secondaires prédominent. Déception. Ces natures cherchent alors à se requinquer de cet excès de glucides qui a été délétère pour leur profil. Solution: LCHF ou même l'index glycémique.

La céto est surtout vantée pour la perte de poids. Super pour les hommes, je ne le nie pas - et encore... C'est surtout leur libido qui est boostée, la perte de poids serait arrivée en jeûne intermittent, en LCHF, en simple programme de bon sens (plus de pain/pâtes/pizzas, plus de sucreries, plus de sodas, alcool deux jours par semaine, 4 louches de légumes par jour, 2 à 3 repas par jour sans grignotages - 6 critères pour garantir la fonte de gras, c'est trop fastoche pour les mecs). Pour les filles? Plus décevant. Lorsqu'on voit des photos avant/après, ce sont souvent des personnes qui auraient perdu le même poids en LCHF, car tant LCHF que cétogène inhibent totalement les fringales, jusqu'aux compulsions (ces dernières étant des versions quasi pathologiques des fringales, c'est l'envie de chocolat qui fait que vous sortez la nuit de chez vous pour aller en acheter). Il est alors facile de moins manger, de ne plus grignoter. Si la personne n'est pas une madone, moins manger va automatiquement la faire mincir. Si elle est une madone, elle mangera encore moins, chouette, mais elle ne mincira peut être pas.

Amusant d'ailleurs de lire la bio des deux auteurs d'un prochain livre à paraître chez Souccar éditions sur le sujet: "Céto Top". Le mari annonce sa perte de poids de plus de trente kilos, l'épouse est bien plus discrète. Voir leur site.

Je m'amuse de temps en temps à chercher l'historique des personnes qui vantent la cétogène. Quasi toujours, ils n'ont même pas essayé LCHF, plus sociable, plus tenable, plus doux (et pourtant si radical que je le considère une "cure" dans mes topos, je l'intitule "Décrochez-des-sucres" et je limite le test à 15 jours) ou même LCHF en aliments frais, si pas en nourritures vraies. Ils sont passés par la voie Atkins à base de plats préparés et de barres chocolatées, prescription d'échec puisque certains ingrédient entretiennent l'assuétude aux sucres et la faim tenace. La cétogène est trop récente pour avoir généré du bizness "barres/plats", ils découvrent l'horizon éclairci dès lors qu'ils sont libérés de ces plastiproduits.

Certains n'ont même jamais testé la voie alimentaire auparavant, comme la dame qui publie "what 12 months on a keto diet did to my body" et qui, d'hypnothérapeute, est devenue "coach spécialiste en cétogène". En outre, si je ne l'ai pas dit mille fois je ne l'ai pas dit une fois: demandez des photos quand elle mangera un plan ordinaire, sociable, avec un peu plus de glucides. C'est là que ça s'empâte sec... Et demandez des photos dans 3 ans! L'efficacité d'un régime minceur se juge à 5 ans, chez les pros.

D'autres récents cétophiles étaient passés par un plan vegan trop radical, en mode crudiste pour certains. Leur nature les pousse à l'autre extrême, la céto, alors qu'ils auraient pu agir en douceur. En vegan cru, en particulier, les becs sucrés se ruent sur les fruits, car crus, car végétaux. Ils en mangent parfois jusqu'à un kilo par jour. Outre tout ce qu'on peut gloser sur le cru végétal, on peut pointer l'excès de fructose qui est métabolisé comme du gras si on veut faire simple, gras qui va se loger dans le foie (foie gras, donc). Et bien sûr le déséquilibre de la glycémie (taux de sucre dans le sang) et l'hyperinsulinémie (trop d'insuline circulant, trop longtemps) qui en résultent. Résultat: fatigue, inflammation chronique. Pour eux, un passage par la cétogène pendant un mois peut être souverain. Mais plus longtemps?

Comment savoir si on juge des effets de la cétose ou des effets de l'évitement des farineux et sucres divers? Sans se baser sur les témoignages anecdotiques de tous ces N= 1, qui a fait une métaanalyse des tests cliniques sur la cétogène sur d'autres sujets que les enfants épileptiques? ou cancéreux? Je ne connais que le détail des études de Phinney, qui a déjà publié il y a trente ans ses études sur les sportifs. Tout seul dans le désert de la recherche en nutrition. On comprend qu'il a vite abandonné. Mais heureusement il a repris du harnais il y a 5 ans, grâce à Jeff Volek. Bref, les résultats d'études sur sportifs de compétition m'importent peu vu que je ne suis pas jeune, ni homme, ni sportif intense. Comment projeter sur moi (ou mes copines) le résultat?

Si j'en juge par une étude publiée par la chercheuse Kammerer, co-auteur du livre paru chez Thierry Souccar Editions: "Le régime cétogène contre le cancer", les effets bénéfiques ou, à tout le moins, neutres sur le cholestérol ou les lipides sanguins de la cétogène sont en fait testés sur une assiette LCHF, à 70 grammes de glucides par jour. La cétogène, elle, commence à 20 grammes de glucides totaux. Quelles sont les valeurs de la "cétogènique" que testent les autres chercheurs? Quelles sont les assiettes réelles de ces pratiquants de la "cétogénique pour mincir" américains? Utilisent-ils des compléments? des adjuvants?

Le pitch minceur: depuis 2005 que je suis la piste de la cétogénique, première date de mes tests personnels, je n'ai rencontré aucune femme qui ait minci avec cette pratique et qui n'aurait pas minci avec le tout simple Décrochez-des-sucres.
Minci durablement avec l'un ou l'autre programme céto ou LCHF? Mmmmh, je n'ose l'affirmer. Comme après toute diète (à part les quasi jeûnes alternés), quasi tout le monde reprend le poids perdu dès que revient une alimentation ordinaire. Sauf si le régimeur poursuit le LCHF en permanence, et tant mieux pour lui si ça lui réussit.

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