taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Les véganes prosélytes sont des partisans de la « manif’ pour tous », déguisés en bobos

5.11 Introduction par une petite anecdote. Lors d’une réunion d’association récente, des camarades suggèrent de ne plus proposer désormais aux réunions que des plats végétariens, pour ne pas « heurter » certaines sensibilités. Nous mangeons à la fortune du pot, chacun apporte son plat. Je suis arrivée à la fermer, mais j’ai comme un œuf à peler avec cette attitude. Quand j’étais végé, dans ces circonstances, je ne  mangeais que les plats de légumes, les pâtes, les salades et j’apportais mes propres saucisses de seitan. Je trouvais toujours mon content. Personne ne me forçait à me servir de jambon ou de saucisson quand on partageait un repas « sorti du sac ». Si désormais on limite nos buffets au végé, on empêche les viandards de se régaler. Sans compter que les non-initiés vont nous apporter des infections industrielles au tofu ou au faux-mage. Je ferme la parenthèse. Le cœur du sujet : pourquoi vouloir priver l’autre ?
Rappel pour les lecteurs qui ne sont pas habitués au site : j’écris comme une « Une libertaire hédoniste en cuisine », ce qui donne un éclairage particulier à mon analyse. Et à l'intention des référents en profilage alimentaire, qui, en consultation, sont confrontés à la montée de ce nouveau dogme.

« La finalité de La Manif Pour Tous est le respect de l’intérêt supérieur et des besoins élémentaires de l’enfant, aujourd’hui menacés par les réformes sociétales inspirées par l’idéologie du genre. » (extrait de leur site). Dans les faits, La Manif Pour Tous sont des enragés qui militent et défilent non pas pour défendre leurs droits, mais pour empêcher que d’autres (homos entre autres) puissent affirmer leurs droits à la parentalité. Droits acquis dans nos beaux pays démocratiques. Que font d’autre les véganes qui veulent m’empêcher de manger ce qui me va, ce qui me plaît ? On voit peu de véganes humbles, qui n’en parlent pas et qui pratiquent dans leur coin. On voit beaucoup de prosélytes, assez agressifs en réalité. Il semble qu’ils le sont d’autant plus qu’ils se croient bien-pensants.

On a tous un côté Deschiens, ne nous leurrons pas. C’est d’ailleurs la raison du succès des sketches où jouaient François Morel et Yolande Moreau: on a du plaisir à se moquer de soi au travers d’un autre. Depuis que j’ai un peu d’indépendance de pensée (l’adolescence), j’ai fréquenté les mondes alternatifs, depuis les trostkistes jusqu’aux libertaires. Je serais plus jeune, je zonerais dans une ZAD.  Tout ce beau monde de mes amis se pense droit dans ses bottes et imagine « penser juste, avec cœur ».

Tu parles ! J’en ai lu et entendu des réflexions macho, sexistes, racistes, petites, mesquines, égoïstes, confites de certitudes. Eh ouais, on voudrait l’oublier pour continuer à magnifier notre merveilleux groupe d’appartenance. Ben non, les choupinets, on n’a pas le monopole du cœur aveugle. Mon jeune camarade Zadiste ne dit pas autre chose: "au début, je débordais d'enthousiasme, mais si tu savais les vieux cons d'anarchistes qu'on se trimballe dans nos Zads".

Je me targue de lucidité et j’annonce avec fierté quand de telles pauvres réactions humaines me passent pas la tête et le cœur.  Je ne m'en cache pas, ce qui est une façon de les extérioriser, de les éloigner de moi. Je les accueille, car il est trop difficile de vivre en permanence avec un rapport sain à l’altérité (rapport à l’autre qui est « le même et l’autre » à la fois – sujet d’un billet entier, que je laisserai à la plume de mon copain philosophe, mais qui est crucial dans cette analyse du véganisme qui n'est qu'une liturgie identitaire). Je laisse passer de tristes « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » ou « ce n’est tout de même pas naturel » qui remontent en moi comme des boules puantes. Ainsi, je me détoxifie tous les jours de ma propre beaufitude.  

Les discours véganes tels que je les entends malgré moi (sur France Inter, quand je ne les écoute pas en post-diffusion) ne signifient rien d’autre que cela :   ces animateurs, qui par ailleurs sont de gauche, solidaires et tout le toutim, et qui se prononcent de manière un peu radicale sur le sujet, manifestent la beaufitude qui se tapit en leur sein et dont ils n’ont pas conscience.  Ils se comportent comme  de vraies « manif pour tous », antilibertaires à souhait.  Ils veulent, avec force, me retirer mes droits plutôt que défendre les leurs propres.

Une lectrice me trouve condescendante sur le blog végé. Pour le coup, j’assume, car c’est une réaction rare chez moi et je la récuse dans d’autres circonstances. J’ai  vingt ans et plus de réflexions nutri/culinaires sur le sujet des interactions de l’humain avec l’animal et avec son environnement, sur le thème : comment savoir si cet humain a un besoin réel ou nous fait un petit caprice ? J’ai aussi un œil avisé sur l’historique alimentaire – tout cela en tant que profane cultivée. Quand je lis et j’entends les inepties des frais débarqués dans « les » végétarismes, comprenez que : pfffft ! Je soupire ! « C’est d’un bête ! » … Et je n’essaie pas de me  détoxifier de cette petite boule puante-là.

Parenthèse sur la terminologie

Dans le livre à paraître, je traiterai « des » végétarismes divers, en tant qu’ils sont devenus la voix dominante et majoritaire de ceux qui se croient bien-pensants aujourd’hui. Parmi ceux-là, on verra aussi ce qu’on peut dire des véganes, végétaliens, antispécistes –  et toutes les variantes possibles dans les tons de gris de ce que j’appelle « végétarisme extrême ».  

Sur le blog, je m’amuse depuis un an à canarder sous le terme « véganes » les véganes à proprement parler, les végétaliens et les antispécistes parce que c’est trop facile, tout simplement. Leurs arguments sont à la hauteur d’un tweet de Trump : aussi subtils, aussi documentés, aussi fiables, aussi purs d'intentions.