taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  24.3 L'effet Dunning-Kruger ou le syndrome Bouvard et Pécuchet


Toute à l'écriture du prochain livre "Végétarisme et bon sens", je remercie la mouvance végé qui me permet de toucher des points de pédagogie et de sociologie qui me fascinent: ce monde végé est une merveilleuse école de discernement, car il est le lieu où la pseudo-nutriscience se montre sous ses plus beaux habits, ce que je décortiquerai dans un prochain billet. Aujourd'hui, comment savoir qui suivre, qui lire, qui écouter?
NB. Merci à Sylvain, de Clair et lipide, chez qui j'ai trouvé cette illustration, que je garderai sur le blog jusqu'à ce que les ayants-droits s'énervent, comme c'est leur habitude.

Vous suivez les conseils de votre voisin de comptoir au café du commerce? Non, n'est-ce pas... Vous l'écoutez poliment en pensant à autre chose. Pourquoi, sur le net, porter foi à des expert autoproclamés dont la seule expertise consiste à se nourrir tous les jours, ce qui les amène à croire qu'ils sont nutritionnistes? Parce qu'ils ont une page FB et des followers? Parce qu'ils font moult vidéos engageantes?

Dans le billet d'hier, je citais l'effet Dunning-Kruger. En gros: "les personnes les moins compétentes dans un domaine surestiment grandement leur compétence, alors que les plus expertes ont tendance à se sous-estimer." Jusqu'ici j'appellais cette tendance: le syndrome Bouvard et Pécuchet, ne sachant pas que cette orientation humaine avait fait l'objet de recherches.

Dans ce roman inachevé de Flaubert, deux amis, petits employés, héritent d'une grosse somme et s'installent à la campagne. Sans écouter les experts et les gens de terrain, ils se plongent dans des encyclopédies agricoles - résultat: désastre. Pareil avec la philosophie ou l'astronomie. Ils utilisent tous les bons mots, mais dans le désordre. Ce sont les ancêtres des brèves de comptoir ou de fakebook. Ils sont péremptoires dans leur ignorance, ils tuent leurs bêtes en voulant leur faire du bien, ils n'écoutent personne que leur propre suffisance, ils sont petits mais peu émouvants. Sauf quand Jean-Pierre Marielle et Jean Carmet les incarnent à l'écran, ce qui est dû à la nature-même de ces grands acteurs. Le livre est plutôt une épopée de la bêtise.

A mon heure, je suis un tout beau Bouvard et Pécuchet à moi toute seule ou, parfois, avec ma fille. Mais on joue à ça, on n'y croit pas, voyons. On visite un musée en émettant des affirmations catégoriques. Derrière nous, mon jeune fils nous reprend: "mais tu ne t'y connais pas, comment peux-tu affirmer que...". A quoi on lui rétorque "oh, tais toi, Wittgenstein". Fin de la parenthèse familiale.

Comment en sommes-nous arrivés à une telle débauche de discours sur le net, tous plus disparates les uns que les autres? Comme si, tous les jours, on lisait le journal intime de 118 personnes... Chacun reflète sa personnalité, ses affinités, sa nature dans son journal intime. Bravo, respect! De là à en faire une precription de santé pour les autres, il y a de la marge.

Une hypothèse. Cette confusion provient de ce que sont disparus de la société digitale les filtres habituels. Prenons le cas de la musique, puisque je vis avec un musicien. N'importe qui peut se la jouer pro, plus d'impresario, plus vraiment de presse musique, continuez le jeu. Plus rien n'est filtré, et l'humain n'est pas fabriqué pour se construire des filtres à lui tout seul. Continuez le jeu aussi avec tous les autres aspects de notre vie.

Amusant de mettre cette absence de filtres sociaux en parallèle avec ce que notre microcosme biologique vit. Les médecins et thérapeutes guidés par la notion d’équilibre du terrain (homéopathes, ostéopathes, etc) constatent que nous sommes en majorité malades de perméabilité cellulaire. L’intestin n’est pas le seul tissu à souffrir de perméabilité alors qu’il est supposé être imperméable. D’autres organes peuvent être perméables « à l’insu de notre plein gré ». Sont dans ce cas la vessie, des cellules rénales et même la barrière hémato-encéphalique, dont la mission est de filtrer finement les intrus qui voudraient pénétrer le cerveau.

S'il suivait quelques sites ou groupes FB d'alimentation alternative, un lecteur non féru de nutri pourrait croire être tombé dans de la propagande daesch tant les raisonnements binaires et étriqués y font figure de loi. Illustration pratique pour les non-initiés par un de mes longs échanges avec une amie, sur un gourou du cru. Seules les personnes aguerries en nutri et ayant cotoyé ce monde-là me comprendront quand je dis qu'il faut envisager des cellules de dé-radicalisation des veganes et crudistes, sur le même mode que celles qu'on installe pour les naïfs post daesch. Les autres penseront que j'exagère et c'est bien leur droit.

La plus ancienne représentation du joueur de flûte, image de wikipedia.
Lire la légende sur wikipedia

Une de mes critiques majeures vis-à-vis de FB, que je quitte avec joie le 30 mars après y avoir presque passé l'année promise à mon fils, est qu'ils jouent délibérément de cette confusion des genres et de l'effet Bouvard et Pécuchet. Les autres gafa jouent aussi de cela, mais ce n'est pas leur fond de commerce. Pour FB, c'est le coeur de business. Tant mieux pour le commerçant qu'ils sont. Snif pour la pédagogue que je suis. Ils ne font que rajouter du malheur au monde, en chantant la jolie chanson du joueur de flûte de Hamelin. La façade de leur imposture est si joliment décorée que la plupart des utilisateurs n'en voient que les décorations. Ils ne voient pas ce que j'y vois, comme libertaire aussi inquiète pour mes congénères que s'ils étaient mes propres enfants.

Déployer ce sujet demanderait l'intervention d'un expert, je glisse une idée mais je connais mes limites intellectuelles. J'attends donc d'un ami philosophe (il se reconnaîtra) qu'il creuse cette analogie filtre social/filtre physiologique et nous aide à y mettre du sens.

Pour ma part, j'offre la solution à mes yeux la plus sage et la plus modérée en alimentaire: qui suivre? Eh bien, n'écoutez que vous-même, faites le test d'une assiette X, Y ou Z pendant dix jours, vous verrez bien l'effet positif ou négatif. Dans le premier cas, prolongez l'aventure deux à trois semaines de plus, puis normalisez votre assiette. C'est d'un tel bon sens que je suis étonnée d'être la première à le suggérer.

 


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