taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  Végé: la confusion des genres BIS


25.8 Voyons un millième exemple de la confusion des genres en Végétoland: je décode une vidéo des exquis Carnets de Julie, sur la cuisine végétarienne. Un salmigondis d'amalgames et de fausses croyances. Ce billet intéressera surtout les coachs et les pros de la nutri, qui doivent au quotidien déconstruire les fausses croyances des mangeurs, pour qui "on l'a vu à la télé" et "c'est une si sympathique équipe"... "ça ne peut pas être faux, c'qu'y disent".
Et, tiens, je reprends ma vieille habitude oubliée d'insérer des citations à gauche et à droite. Aujourd'hui, Pierre Dac: "Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir".
Rien à voir avec le sujet, mais ça m'amuse.
 

Les véganes ont fait un tel ramdam autour de "la santé de notre planète" et "veggies only", qu'ils ont enfin convaincu le pays le plus réticent à se véganiser: la France; et les plus cyniques des industriels à offrir des aliments végétaux: la chaîne Ikaka propose désormais des burgers végétaux dans ses restaurants.

Chouette, on va se flexitariser un peu, devenir moins viandard, entre autres grâce aux grands chefs. Ceci dit, le grand chef Passard n'avait pas attendu cette vague pour monter en épingle les légumes, au point qu'il les cultive dans trois terroirs différents, pour des goûts différents. Et en biodynamie, soit l'homéopathie du bio.

Mais ce bel élan s'accompagne d'un mic-mac de concepts et de notions, entretenus par le monde végé lui même. Voyons un millième exemple de la confusion des genres en Végétoland: une vidéo des exquis Carnets de Julie, sur la cuisine végétarienne. Je ne sais où ils ont été pêcher leurs infos, mais j'ai vu un salmigondis d'amalgames et de fausses croyances. Ah! quelle désolation que ce soit porté par un trio d'habitude fin, subtil, ouvert : Julie Andrieu (qui joue les ménagères de base dans cette pièce de théâtre), Thierry Marx (le chef ouvert à tous les possibles) et Raphael Haumont (le scientifique). Première fausse note: toute l'émission porte sur le végétaLisme et non le végétarisme. Et pourtant le terme n'est pas utilisé par les intervenants, tout porte à croire qu'on parle des végétariens. Tout faux les amis!

On commence par une petite infographie intitulée "au départ on était tous végétariens" dans laquelle trois quart de faux cotoye un quart de vérités. Certes, Pythagore était végétarien, tout comme Léonard de Vinci. Pourquoi alors ne pas citer tous les végés célèbres, comme Hitler par exemple? On nous apprend que le moyen âge annonce l'ère carnivore? Tous les historiens de l'alimentaire tressautent sur leur fauteuil.

Jouez aussi à un petit jeu. Ecoutez 5 minutes à partir du moment où arrivent Thierry Marx et Raphaël Haumont. Repérez toutes les erreurs factuelles, que peut documenter n'importe qui de bien informé en nutrition.

Le "végétal plein de ressources": super! "Les chefs demandent de plus en plus de végétaux": chouette. Mais il faudrait manger végétaLien "d'un point de vue environnemental" et "d'un point de vue de santé" ? Rien de moins sûr. Ce sont de vieux arguments démontés depuis lurette, répétés ad nauseam par la propagande végane, mais qu'on continue de servir. Eculé et faux.

Notre fée clochette, Julie, a cherché des recettes "végétariennes" dans la tradition culinaire française: "chou blanc" dit-elle. Ah ouais? Et toutes les recettes à base d'oeufs et de fromages? Les innombrables tians et autres variations sur les légumes? La belle dame se trompe: elle aurait pu avoir la puce à l'oreille, à voir qu'un pays si fin en matière culinaire n'a pas développé de recettes végétaLiennes. Les Français sont bien plus malins que cela. Ils ne mangeaient végétaLien qu'en cas de famine.

Thierry Marx est assez fier de pouvoir cuire les pois chiches sans les faire tremper, par une petite astuce. Malin le chef! Mais pas assez malin pour faire du bien aux clients de ses restaurants. Car son astuce suprême ne décompose pas les antinutriments des légumineuses. Anitnutriments qui sont nombreux! Il sert donc des pois chiches quasi toxiques. Bravo, le chef.
J'avais déjà vu chez Marx le truc de monter une mousse au chocolat avec l'eau de trempage des pois chiches. Je n'ai pas encore pu faire les recherches pour évaluer si, oui ou non, il inclut alors les antinutriments qui se sont barrés dans l'eau de trempage. Mais je ne m'y risquerais pas, sauf chez des personnes en toute bonne santé. Comme lui-même, tiens.

Je suis désolée pour la dame qui apparaît ensuite, que je ne nommerai pas. Et voilà encore une de ces innombrables tristes figures que j'ai cotoyées pendant mes années végé à outrance. Elle n'est pas végétarienne, mais végétaLienne si l'on en juge par ses choix culinaires. Je souris aussi en me rappelant une émission où Julie Andrieu avait proposé un reportage sur les versions alternatives des lasagnes. Bel esprit d'ouverture. Mais fou rire lorsque j'ai vu Irène Grosjean, une des grandes cinglées de notre monde de l'alternutrition, sauter dans son jardin comme une hystérique (au moins elle annonce la couleur!) et présenter une recette de lasagnes végétales qui tenait plus du vomi de chien malade que du plat engageant. Inénarrable la grimace de Thierry Marx au sortir du visionnage de ce passage.

Retour à l'émission du jour. Raphael Haumont expose en images les doses de protéines animales versus végétales. Où est la casquette de rigueur scientifique de notre cher ami? Il compare des pommes avec des poires. Cela n'a aucun sens.

  • 1/ Dans sa liste, il ne reprend pas les oeufs et les laitages; il n'inclut même pas les insectes! Les insectes possèdent des teneurs en protéines allant de 40 à 70 % du poids sec en fonction des espèces.
  • 2/ Il compare du frais (teneur en protéines de 20% du steak) avec du sec (20% du pois chiche) alors que dans la réalité, on mange des pois chiches cuits, ce qui amène leur teneur en protéines à 8%! Le sarrasin cru apporte 12,9% de protéines, mais cuit en galette cette teneur tombe à 6%. Sa jolie présentation en a une toute autre allure.
  • 3/ Notre sympathique chercheur ne prend évidemment pas en compte la valeur biologique et la digestibilitédes aliments qu'il cite, il doit tenir ses sources d'un végé prêcheur. Il n'évalue pas les dégâts que peuvent ressentir certaines personnes qui ne peuvent métaboliser les légumes secs, il ne mentionne évidemment pas tous les antinutriments des légumineuses et leur teneur en purines, déchets que le corps a de la peine à métaboliser
  • 4/ Il propose de la spiruline sans préciser qu'on ne peut en consommer qu'une petite cuiller par jour. Certes, elle apporte 57.5% de protéines. Normal qu'elle soit riche en protéines: elle est séchée, on retire donc toute l'eau. Ajouter cette cuillerée à soupe-limite à nos plats nous apporterait donc 11 grammes de protides sur la journée. Sachant qu'une femme adulte de taille moyenne a besoin de 50 grammes de protides par jour (75 grammes en cas d'épuisement chronique ou de sport intensif), voilà un cinquième de l'apport couvert. Mais si cette dame est moi-même, ce sera un apport nul, car j'ai testé toutes ls formes de spiruline et elles m'écoeurent toutes. Je ne suis pas assez perverse pour manger quelque chose que je n'aimerais pas.
    Heureusement on peut classer les protides de la spiruline dans la gamme "sources animales". Il ne s'agit pas d'algues, mais bien de cyanobactéries (qui seraient invendables en commerce sur cette appellation). Certes, les bactéries ne sont pas des animaux, mais elles sont une forme facile à digérer, du semi-animal, en quelque sorte.

Toute l'émission est un éventail de ce qui pose problème en Végéland: le formateur à la minute 33 (Gilles Daveau), cuisine un "crumble vendéen à la courge" qui n'est rien d'autre qu'une lourde potée végétarienne - comme je ne peux plus les voir tant j'en ai mangées. Ce n'est pas ça qui va séduire les non-végés, les gars! Il cuisine du millet, dont je ne connais pas la variété. Si c'est du "pearl millet" ou "fonio millet", c'est un antithyroïdien. Nous sommes assez en Europe à souffrir de problèmes de thyroïde pour ajouter encore un bloqueur de cet organe précieux. Le kale qui est survanté dans l'émission n'est rien d'autre qu'un ixième bloqueur de thyroïde, doublé d'un piégeur de thallium et de césium. Miam!

Rayon "potées végétariennes", on dirait que Thierry Marx veut inconsciemment saboter le projet. Son potimaron est peu engageant au regard de ce à quoi il nous a habitués dans les autres émissions. Que les saveurs soient enchanteresses, je n'en doute pas. C'est une vieille recette que Jean-Pierre Coffe avait remise au goût du jour (truffe en moins) et que j'ai beaucoup pratiquée dans mes années végé. Avec un résultat aussi hideux, mais je ne suis pas chef.

Je vous invite à participer aux ateliers de ma copine Véronique Bourfe-Rivière, www.se-nourrir.fr; qui vous apprendra du végé aérien, coloré, savoureux.

Recycler les épluchures: voilà bien un truc de riche en bonne santé et omnivore, car un végé fragilisé ne peut métaboliser tous les antinutriments qui sont encore plus concentrés dans les épluchures que dans le coeur des légumes. Toutes ces légumineuses (sans parler du topinambour): ça va péter à donfeu, mes amis!

Raphael montre comment faire du tofu ferme maison, mais qui a dit que c'est un aliment sain? A part la propagande de l'industrie? Le seul soja qui ne fatigue pas l'organisme est le soja fermenté pendant trois ans. Dans les pays asiatiques, le tofu est certes consommé de temps en temps, mais toujours dans un bouillon de poisson ou de poulet, qui apportera les minéraux que le tofu nous volerait sinon.

Un merveilleux Christophe en fin d'émission, pour la cueillette sauvage. Discret, souple, modéré dans ses propos. Voilà qui rattrape ma triste impression.

Super d'ouvrir l'esprit à plus de végétaux, à accepter moins de viande, à élargir la palette des légumes de saison. Mais cette émission est un symptôme de notre délire du nutritionnellement correct: par volonté un peu hystérique de respecter toutes les paroles et de séduire tout le monde, on ne questionne plus les fondamentaux, on répète des postulats (dans ce cas-ci véganes). Aucune société n'a survécu prospère en végane. Végétarien: yes! Même les plus fins comme notre fine équipe se font piéger. On a du pain sur la planche, amis libertaires et questionneurs de la propagande végane. Le feu de forêt continue si on ne ramène pas un peu de bon sens dans les rumeurs urbaines.