taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Le "docteur Curtay": la mort est dans le steak... !!??

29.8.21 On m'envoie le scan d'un article du "docteur Curtay" (pseudonyme d'un professeur de nutrithérapie) dans le magazine We Demain , article qui mérite une petite analyse au calme.

Cet article est annexe au dossier janvier 2020, devenu un livre entre-temps ""Qui a machiné le bœuf bashing ? (Un regard sérieux sur le rodéo médiatique antiviande)"

"Qui a machiné le bœuf bashing ?"

prévu octobre 2021


 

En nutri, il ne vous aura pas échappé qu'un prof ou un maître à manger conseille en général un seul plan, qui est souvent le sien: un profil omnivore ascendant chasseur (facette en profilage à ma façon) conseillera quasi toujours le plan paléo ou Weston Price. S'il s'est meurtri par un passage par le végétarisme, il oubliera quasi systématiquement de suggérer à la kyrielle de mangeurs qui en profiteraient à plein une diète ambiance "living food" que j'ai résumée en "cure antifatigue".

L'inverse est aussi vrai. Voyez le "docteur Curtay" (pseudonyme, je crois - qui a formé des hordes de nutrithérapeutes à sa méthode).

Je le soupçonne d'être un des rares profils nettement végétarien: il prospère en mangeant une diète végétarienne industrielle, ce qui mettrait un sujet ordinaire au tapis. Il a montré lors d'une conférence filmée ce que son frigo recelait: des produits bio, certes, végé, certes, mais du transformé au principal.

Voyez une Ann Wigmore qui était en pleine forme avec des végétaux au principal et quasi pas de protéines. Elle devait être du même profil, mais elle ne mangeait que cru. Ce qui mettrait 99 personnes sur 100 au tapis aussi.

Ce sont ces personnes qui déblatèrent sur les aliments qui ne leur vont pas. Voir ce dernier billet de Curtay que j'ai un peu honte de reproduire tant il est enfantin: une jolie photo de viande surmontée du logo "poison", pour illustrer un billet où il dénonce les dégâts de la biologie folle (OGMs, ajouts dans l'alimentation du bétail, globalisation débridée, production animale plutôt qu'élevage tradi...). Mais le thème est "la viande est poison". De l'irrationnel pur jus, des raisonnements d'enfant de cinq ans. Si la viande avait été un poison, l'évolution humaine nous aurait condamnés bien avant aujourd'hui. Il se fait que ce gars n'aime pas la viande, ou est d'un profil réactif à tout ce qui vient de la vache (ça existe!), ou développe des réactions à l'acide arachidonique présent dans les dérivés bovins. Exit donc les bovins pour toi. Si tu n'aimes pas, n'en dégoûte pas les autres, voyons.

Voici l'article qui devrait faire honte à son auteur, tant c'est une soupe sans logique:

Je n'aime pas le tofu car il n'a aucun goût (sauf après acrobaties culinaires). Mon corps ne l'aime pas car il me fait péter comme une montgolfière. Je n'ai jamais jeté de fatwa contre le tofu. J'ai un dossier sur le marketing autour du lait et des crèmes de soja, argumenté et documenté, car ce sont des produits survantés et nouveaux, jamais testés, en tout cas pas ancestraux (sauf en cas de famines). Mais je ne dirai jamais que le tofu, aliment ancestral asiatique, est un poison. Ma seule remarque: "Tu aimes? continue. Mais si tu pètes, t'arrêtes".

Eh oh, les choupis! Vous pourriez peut-être faire pareil? Oser reconnaître qu'un aliment ancestral ne vous convient pas, ici et maintenant et arrêter de généraliser au monde entier le ressenti de votre petit nombril? Ou même aller plus profond dans votre âme et reconnaître que vous tartinez votre angoisse profonde sur les autres?

L'homme étant ainsi fait, le gourou en question va trouver des justifications théoriques, qu'il croit rationnelles car elles sont exprimées par un discours rationnel et logique, pour démontrer que la viande-ci ou le tofu-ça...

Sans se rendre compte que sa logique est biaisée fondamentalement, qu'il va picorer les quelques études qui confirment ses dires (études elles-même biaisées, mais le choupi n'a lu que l'abstract, comme le blaireau de base le fait).

Sans se rendre compte que la littérature scientifique en nutrition n'en est qu'aux balbutiements, elle tient plus de l'art que de la science dure.

Sans se rendre compte que le recours aux sources scientifiques n'est qu'UN des critères dans une grille de lecture rationnelle: ils oublient en général l'historique alimentaire et l'observation sur le terrain (clinique) - ces derniers contredisent si souvent les résultats de la littérature qu'on comprend la facilité de les oublier.

Mamie croûton ici-présente sourit calmement face à cette pseudo-rationalité et se dit que ça leur passera, qu'ils grandiront un jour, qu'ils géreront ces angoisses diffuses au lieu de les transférer sur les autres.

Elle sourit moins quand elle voit le nombre d'adeptes que font ces prêtres de leur nombril - adeptes qui, peut-être, trouveront une voie de secours en suivant les préceptes du maître; mais qui, peut-être, scieront la branche sur laquelle ils sont assis. Ils jouent avec le feu à suivre ces maîtres à manger.


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