taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  Le mythe du tout-végétal

« Une enfant (...), végétarienne de naissance, quand elle devient femme, n'a pas des règles de trois ou quatre jours, mais perd tous les 28 jours une seule goutte de sang. ». Voilà le type d'affirmations péremptoires qui me plonge dans des abîmes de perplexité : est-ce vrai, est-ce recommandable ?

 


J'ai extrait le paragraphe d'en-tête du pourtant remarquable ouvrage de Bianca et Alain Saury, « Se nourrir, se guérir aux plantes sauvages » chez Tchou, car c'est ma lecture du jour.

Dans le même registre, vous trouverez ce type d'affirmations dans une flopée de livres de cuisine végétarienne. Ceux à qui ce mode alimentaire a réussi se trouvent habités d'un enthousiasme qui leur fait oublier le sens commun: « Tous au pas ! C'est mon système que je l'aime qui est le mieux ! Pas de discussion, rompez !»

En ces temps de faim (de fin ?) de religion, nous cherchons des repères liturgiques jusque dans la cuisine. Mais faut-il en perdre le jugement ? Dans les quelques heures de loisir qui me restent, j'aimerais écrire une gentille satire brocardant la naïveté alimentariste de mes copains qui se piquent d'une fine connaissance de soi, férus de stages de chamanisme ou de méditation. Beaucoup sont végétariens, parfois végétaliens -- ceux qui n'acceptent aucun produit animal, à l'inverse des ovo-lacto-végétariens. Certains annoncent : « La viande empêche de méditer ». Je reste à nouveau perplexe.Comment fait donc le Dalaï Lama, lui qui a dû se résoudre à consommer à nouveau de la viande sur la prescription de son médecin tibétain ?

Il est tant de profils métaboliques différents ! Certains de mes compères et commères se trouveraient infiniment mieux à écouter leur intuition profonde -- l'instinct alimentaire, lui, ne porte que sur des aliments originels, non cuits, non transformés; technique peu praticable par le profane. Entre quatre-z-yeux, j'ai déjà recueilli moult témoignages de végétariens : « Si tu savais comme je rêve d'un bon steak grillé! » ou  « Oh, ce bouillon de volaille, qu'est-ce que ça sent bon... ». Allez, que diable, une exception n'a pas tué un homme!

Sachons utiliser les croyances avec modération. Entre croyance, instinct et intuition, il est difficile de s'y retrouver. Dans mon cas personnel (ce que j'ai de mieux…), c'est une dernière grave épreuve de santé qui m'a éclairée. À l'agonie, quand je n'avais plus rien à perdre, il m'a été plus facile de me dire : « Oh,et puis zut à la fin, je vais manger ce qui me hante plutôt que de suivre la fameuse mirifique mirabolique méthode de madame Duschmol qui a sauvé mon voisin ».

Ce lâcher-prise des croyances m'a sauvée. Je fais partie de la petite minorité d'humains à qui ne profite pas le régime végétarien tous azimuts — régime que je suivais un peu aveuglément, en mode crudivore qui plus est, braquée par ma peur d'une rechute de cancer.

Pour se conforter dans l'écoute de vos intuitions profondes, jetons un petit coup d'œil circulaire aux habitudes ancestrales, parfois encore en cours dans de lointaines contrées. S'il est clair que nous gagnerions tous (animaux compris !) à réduire notre prédation carnassière actuelle, les exemples historiques de sociétés humaines qui auraient pratiqué le pur végétalisme sont rarissimes. Les œufs et les laitages sont un minimum...

Le Tout-Végétal peut être supérieur en périodes de détoxination si l'on vit une maladie d'encrassage. Il n'est que de voir le succès dans les pathologies graves de la pratique du crudivorisme selon Ann Wigmore (« alimentation vivante ») ou du régime numéro 7 des macrobiotes (cuissons longuissimes). Et cela est bien normal, dans notre monde surintoxiné/intoxiqué. Mais après les trois à six premiers mois de nécessaire nettoyage, il faut revoir la stratégie pour la plupart des mangeurs..

Tenu en permanence, ces régimes provoquent chez la  plupart des pratiquants des effets non désirés, qui peuvent devenir gravissimes.

La Hallelujah Diet américaine se fonde sur le texte de la Genèse 1,29 pour limiter la plage alimentaire aux végétaux. On ne compte plus les témoignages de désastres de santé qui ont suivi pour les bibliphiles qui ont suivi le régime avec trop de ferveur. Mon alter ego américain, Chet Day, ex-promoteur de ce régime, s'est racheté une conscience en collectionnant les témoignages de ces martyrs alimentaires sur son site (www.chetday.com). En ce joli mois de mars 2015, je ne retrouve plus ce dossier sur son site, hélas! Il a dû se fatiguer des réactions acides du monde du cru.

NB. Là où les macrobiotes peuvent être violents en gestes, à la mode du tigre -- j'en fus victime lors de deux conférences, où heureusement les participants m'ont protégée de l'agression --, les crudivores peuvent être violents à la mode de l'araignée, selon la métaphore d'Olivier Clerc. Elle vous étouffera sournoisement, en douceur!

Si les dégâts provoqués par ces excès n'étaient que passagers, rien ne justifierait mes bafouilles sur le végé extrême mal conduit ou le crudivorisme mal adapté. L'organisme en sort affaibli, la digestion, les nerfs, les hormones, les enzymes sont nases au point qu'il faut parfois de longs mois pour remettre sur pied une aventure d'un semestre seulement. C'est si facile de déclencher une guerre, n'est ce pas... mais si difficile de rétablir la paix. On ne peut tout simplement conseiller au mangeur: "remangez normalement et tout ira mieux", car certains organes ont lâché les manettes, il ne peut plus "manger normalement" tout à trac. Il faut une rééducation!

 


NB fin 2019. La suite des brouillons a disparu du blog, car le livre papier part en production. Etre prévenu de la sortie du livre papier


retour au blog