2.5.2026 Un mot d'introduction pour le dossier « Itinéraire de décrochage des sucres »: d'où je parle, à qui je parle.
J’inaugure ici l’association « Un Peigne pour les Chauves », dont je m’intronise président-concierge. Depuis que je me suis passionnée pour la nutrition et que j’ai essayé de transmettre mes connaissances au travers de conférences, ateliers, livres, je suis confrontée à cet amusant aphorisme commun : « partager son expérience équivaut à offrir un peigne à un chauve ». Et pourtant, je persiste et signe. Je dois être sotte ? Eh non. Je sais que, chez une personne sur cent, une partie de mon discours fera mouche, car il tombe au moment précis de l’évolution de la personne où elle a besoin de lire cela.
Si cette série sur « Itinéraire de décrochage des sucres » (le topo expert qui complète les informations profanes que j’ai exposées dans « Cinglés de sucres » et dans « Nourritures vraies ») ne touche qu’une personne sur cent parmi les lecteurs, je serai enchantée.
La série s’adresse aux praticiens autant qu’aux férus de nutrition. Des concepts de base ne sont donc pas répétés, sauf quand il faut démonter une rumeur. L'une d'elles est que la diète low-carb est une panacée.
Je l’écris en tant que baroudeur des régimes et que rabouilleuse.
Baroudeur des régimes : je les connais quasi tous, j’en ai observé les effets sur moi-même et sur des centaines de personnes. Comme un baroudeur géographique, j’ai mes préférences personnelles, mais elles n’entrent pas dans mes « recommandations ». Je ne crois pas qu’il existe un régime universel, ni même que le régime alimentaire soit la solution pour tous. Mes topos ne sont que des « diapos de voyage », des compte-rendus sur l’un ou l’autre chemin en nutrition. Le seul point commun : j’invite à suivre ces sentiers en pratiquant des nourritures vraies et j’insiste quasi à chaque page sur le fait que choisir selon sa singularité propre est essentiel. Par parenthèses, j’ai mis un point d’honneur à vulgariser des concepts parfois complexes, afin que chacun puisse s’approprier des bases en nutri sans se prendre la tête.
Je tiens le terme « Rabouilleuse » de mes premières années féministes (fin années 1970). C’était le nom choisi par une librairie féministe à Ixelles. Rabouiller signifie troubler l'eau d'une rivière ou d'un étang en agitant la vase avec une perche, afin d'effrayer les écrevisses ou les poissons pour faciliter leur capture dans les filets. Pendant un moment l’eau est bien moins limpide, mais que de belles récoltes ! Personne n’aime qu’on rabouille, car ça chiffonne les idées reçues. Moi, j’aime depuis toujours.
Une illustration: je ne me dis jamais « autrice » ; dans le sous-titre, je n’ai pas écrit « baroudeuse » malgré la mode actuelle. Pourquoi ? Je réponds en général : « autant me forcer à porter un tchador », ce qui implique que je ne voudrais pas être enfermée dans ma condition féminine. Je suis un humain. Point.
Bref.
Je détone aujourd’hui que la mode est aux extrêmes (manger sans x et sans y, pratiquer la cétogène, se lancer dans le véganisme). La période est propice aux extrêmes, car nous vivons une transition sociétale majeure, qui produit son lot d’angoisses et le temps est à l’immédiateté, pas au recul historique. Quoi de plus rassurant que de trouver une réponse simple et rapide à une question complexe, quels que soient les effets de bord. Et ce, surtout que les témoignages abondent sur le net : « j’ai 20 ans de moins depuis que je ne mange que de la viande » (carnivore), « j’ai perdu 10 kgs en deux mois en pratiquant la cétogène » (ou le véganisme), « je n’ai plus de vitiligo depuis que je mange sans gluten, sans laitage, sans sucre, sans viande, sans excitants», etc. Vous connaissez la chanson : les vidéos pullulent, les articles foisonnent.
Réaction de bon sens du baroudeur des régimes : les déçus du système n’osent pas témoigner, convaincus qu’ils ont failli dans la pratique. Alors que, bon sang mais c’est bien sûr, c’est la pratique qui est déviante pour vous, ici et maintenant!
Voyons l’exemple des dukanettes, les filles qui suivaient le régime Dukan (schématiquement : très carné, très maigre, zéro glucides à très peu de glucides, régime qui s’inspire de la méthode américain Stillman).
Le régime refait surface de temps en temps, car cette cure protéinée maigre fait le même effet qu’un jeûne hydrique long (on fond !). Comme c’est tentant ! J’ai eu la chance de rencontrer pas mal de dukanettes sur le terrain , à l’époque : que de désastres après quelques semaines ou quelques mois, face à quelques réussites.C’est assez simple à décoder : tous les humains ne sont pas fabriqués dans le même moule et n’ont pas eu la même construction enzymatique dès l’enfance. Seuls certains sont aptes à métaboliser des protéines seules dans un environnement globalement maigre. Les autres : j’en ai vu marcher comme des petites vieilles, d’autres qui ont développé des soucis de thyroïde ou des troubles digestifs durables.
Projetez cet effet des dukanettes déçues sur toutes les pratiques actuelles, vous découvrirez le biais du survivant, qui signale une erreur de raisonnement typique : on surévalue les chances de succès d'une initiative en se focalisant uniquement sur les sujets ayant réussi (les « survivants »), tout en ignorant les nombreux cas d'échec qui n'ont pas survécu au processus de sélection.
On voit ce effet chez les médecins utilisant la nutrition. Je prends le cas du docteur Eades, que j’adore pour sa rigueur et son esprit méthodique (ingénieur devenu médecin). Co-auteur de « Protein power » il y a plus de 20 ans, il est fana de céto et low-carb. Il énonce n’avoir jamais rencontré de personne saine et sereine en méthode autre que la sienne. Ben tiens ! Celles à qui ce programme ne convient pas ne reviennent pas chez lui, tout simplement ! Il vit donc dans un aquarium et ne s’entoure que de « survivants ». Il ne fréquente que les colloques low-carb et ne voit que ses clones 😉
C’est du bon sens, mais ça mérite d’être verbalisé. On ne peut accuser ces médecins de mensonges, ce serait faux : ils sont victimes de leur propre illusion, ce qui est un peu différent.
Donc, pour UN cas de réussite, on ne sait combien de cas ont échoué. Je le représente en image ci-jointe sur la base de fractions : si nous ne disposons que du numérateur, sans avoir le dénominateur, l’info est inutile. Qu’une personne sur deux sorte *durablement* du diabète de type 2 avec un programme céto ou LC est bien différent d’un résultat où personne sur six ou dix est en rémission durable.
Et encore:
1/ cette image n'indique pas une comparaison possible: céto ou simplement moins manger? ou manger des nourritures vraies?;
2/ elle indique encore moins la durée de l'effet: il faudrait visualiser en 3D la prolongation du cercle en tube, avec des visions en coupes régulières pour évaluer le dénominateur sur la durée...
Ne vous culpabilisez donc pas si le fabuleux mirifique génial programme X (cétogène, tiens) ne donne pas les effets voulus, après les 3 premiers mois de lune de miel classiques.
Vous n’avez pas failli dans la pratique, vous n’avez pas triché. Ce n’est pas le bon programme pour vous, ici et maintenant.