Faut-il ou non supplémenter en vitamine D ? 5.11.15 Que penser de la carence généralisée actuelle en vitamine D (93% de la population selon les tests sanguins) ? Et des possibles dérives métaboliques de celui qui, en toute bonne conscience, avale des compléments de vitamine D? Chris Masterjohn, docteur en nutrition très pointu (et indépendant!) a un avis mitigé. Deux vidéos.
Que penser de la carence généralisée actuelle en vitamine D (93% de la population selon les tests sanguins) ? Et des possibles dérives métaboliques de celui qui, en toute bonne conscience, avale des compléments de vitamine D? Chris Masterjohn, docteur en nutrition très pointu (et indépendant!) a un avis mitigé. Je préfère écouter des pointures pareilles que des médecins de bonne volonté, mais peu formés à ce très subtil art de la micronutrition.
« Resolving the Vitamin D Paradox — Chris Masterjohn, Ph.D. (AHS14) » AHS : Ancestral Health Symposium (mouvance paléo).
Attention, âmes sensibles s'abstenir. Cette vidéo risque d'être un choc pour ceux qui cherchent à atteindre des taux de 50, 60 ou 80 ng/ml en pensant optimiser leur santé.
Masterjohn nous rappelle qu'aucun nutriment n'est une île, que la nutrition n'est pas une addition de molécules isolées, mais une symphonie biochimique subtile. Jouer avec les compléments alimentaires demande un grand doigté, une fine compréhension des phénomènes de carboxylation & Cie et une longue expérience de terrain.
C'est à la mode aujourd'hui: on isole la vitamine D dans les analyses et dans les supplémentations, mais c'est fait en ignorant une vérité fondamentale : sans ses partenaires biologiques — les vitamines A et K — la vitamine D perd son rôle protecteur pour devenir un vecteur de vieillissement prématuré. Pourquoi une supplémentation massive, faite avec les meilleures intentions, pourrait-elle paradoxalement durcir nos artères et fatiguer nos reins ? C'est ce qu'il appelle le "paradoxe de la vitamine D".
L'approche "plus c'est mieux" se heurte ici à une réalité biologique implacable : le réel contredit les annonces marketing. Il relaye d'une étude menée sur des patients en chirurgie cardiaque. Les patients présentant un taux supérieur à 40 ng/ml affichaient un risque d'événements cardiaques majeurs aussi élevé que ceux souffrant d'une carence sévère (inférieure à 12 ng/ml). Alors que pour la population générale, l'augmentation du risque au-delà de 30 ng/ml est encore sujette à débat faute de données massives et probantes, chez les sujets fragiles ou prédisposés, dépasser les 40 ng/ml semble annuler tout bénéfice protecteur.
Il cite aussi l'étude où une équipe a étudié des maîtres-nageurs israéliens confirme ce risque : avec une exposition solaire intense et un taux moyen de 53 ng/ml, leur risque de calculs rénaux est 20 fois supérieur à la population générale.
Pour expliciter l'interdépendance critique entre vitamines A, D et K, il utilise l'analogie de la "chaîne de montage" (minutage: https://youtu.be/9H7tbWVNrXQ?t=1302). Imaginez une usine produisant des protéines protectrices:
Le blocage : Si vous inondez l'usine de directives (trop de vitamine D), la production de protéines sature la chaîne. L'ouvrier ne peut plus suivre la cadence. Les protéines s'accumulent sur le tapis, non "peintes" et donc inutilisables. Elles tombent au sol, s'encombrent et cessent de protéger l'organisme. En prenant de la vitamine D isolée, vous créez une armée de protéines inactives et défectueuses qui ne peuvent plus empêcher le calcium de se déposer dans vos tissus.
Le poster illustrant cette métaphore est dans le dossier principalIl souligne que la vitamine A protège contre la toxicité de la vitamine D sans nécessairement abaisser le taux de calcium sanguin.
Le cas de la supplémentation en vitamine D est une parfaite illustration de mon mantra depuis que j'écris sur la nutrition. Ne faites pas faire d'analyses sanguines si vous n'avez pas sous la main un soignant qui peut analyser *finement* les résultats. Peu me chaut d'observer un taux xyz de vitamine D sanguine (qui n'est d'ailleurs pas le bon marqueur, on teste le 25(OH)D, alors que la vitamine D active est 1,25(OH)2D, trop cher à tester ). Je veux savoir si mes apports alimentaires en vitamines A & K sont suffisants pour sécuriser la supplémentation en vitamine D. Je veux aussi m'assurer que ma biochimie individuelle n'est pas défaillante dans ces métabolismes particuliers: A, D et K, ainsi que calcium. On peut en effet être porteur d'une insuffisance génétique de naissance (carence en un enzyme-clé comme CYP24A1), ce qui amène à souffrir de complications à des taux de supplémentation assez bas.
Pour faire simple, vu que ce "soignant subtil" n'existe qu'à quelques exemplaires dans notre pays, vu que les tests génétiques sont encore balbutiants, revenons à des sources alimentaires entières et complexes, à une hygiène de vie simple (dont le respect des rythmes circadiens, l'exposition aux lumières rouges naturelles et l'évitement des lumières artificielles, etc.). Nous honorerons alors une synergie que des millénaires d'évolution ont pris soin de perfectionner.
Résumé de la vidéo, traduit automatiquement: Résoudre le paradoxe de la vitamine D: les vitamines A et K sont-elles nécessaires pour transformer la vitamine D en un nutriment protecteur du cœur? Paradoxalement, la vitamine D a la capacité de prévenir tout autant que de provoquer des maladies cardiaques. Dans les deux cas, le mécanisme implique une calcification pathologique des tissus mous. Des preuves récentes établissent un lien entre les doses de vitamine D couramment recommandées et le risque accru de maladie cardiaque. Pourtant, des preuves considérables suggèrent que ce n'est pas seulement la dose de vitamine D, mais d'autres facteurs contextuels, qui déterminent si cette vitamine cause ou prévient une maladie cardiaque. Cette présentation explorera les rôles des vitamines A et K, ainsi que d'autres nutriments de soutien et facteurs métaboliques, dans la transformation de la vitamine D en nutriment protecteur du cœur.
Une carence en calcium induit une consommation métabolique accélérée de votre vitamine D.
Une autre vidéo du même chercheur sur le même sujet, sous la forme d'un cours en direct à ses abonnés: « Could Your "Vitamin D Deficiency" Really Be a Deficiency of Calcium?" Avec des sous-titres dont la transcription est fiable, vous pourrez faire traduire par youtube en français, via la gestion des paramètres.
En gros, dans cette vidéo pédagogique, il explique pourquoi des taux bas de 25 (OH)D peuvent dériver d'autres paramètres que la déficience en vitamine D (apport déficient en calcium, p. ex.). Ce qui expliquerait pourquoi à ce jour AUCUNE étude d'intervention n'a produit de résultats bénéfiques, puisque supplémenter en vitamine D n'a pas réglé le problème sous-jacent.
Lire sur son blog un billet associé à ce thème: The Evolution of Diverse Vitamin D Requirements, où il pointe les études scientifiques à l'appui de ses dires.