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en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Leçon de choses en sciences nutritionnelles : distorsions, biais, fausses représentations

23.09.2025 La recherche en sciences nutritionnelles est peu fiable, mes amis. Elle part d’une bonne volonté, mais au final, les résultats sont à prendre avec prudence. Démonstration par Nick Norwitz.

Ceci fera partie du dossier « Do not trust me, I am a doctor », où j’ai déjà consigné certains facteurs qui invitent à la plus grande prudence quand on s’inspire de la seule « science » pour choisir une assiette optimale. J’y invite donc chacun à autant faire confiance à son ressenti et son expérience personnelle, qu’aux promesses d’un coach ou qu’au sempiternel « une étude a dit que ».

Sources de ce billet:

On veut tous être sûrs de manger ce qu’il faut, quand il faut, pour vivre mieux vieux. Ou vivre mieux aujourd’hui, d’ailleurs.

Or, pardon de taper sur mon vieux clou, la recherche en sciences nutritionnelles est peu fiable, mes amis. Elle part d’une bonne volonté, mais au final, les résultats sont à prendre avec prudence. Et que dire de la couverture médiatique de ces annonces distordues ! Je n’en dirai rien, je ne tire pas sur des ambulances.

On traitera ici de la mouvance low-carb (pauvre en glucides, alias LC). Ce n’est pas le régime qui est en cause ici, c’est l’impossibilité pour un scientifique d’être objectif dès qu’on envisage ce qui touche nos tripes (et des intérêts financiers, n’ayons pas peur de donner dans les lieux communs).

Je suis agnostique en nutri : un régime spécifique ne convient qu’à un mangeur M à un temps T. Parfois c’est LC, parfois c’est la chrononutrition, parfois c’est le jeûne intermittent, parfois la diète Kousmine. Je connais peu d'autres agnostiques, à part Marty Kendall, d'Optimising Nutrition.

On ne reconnaîtra pas ma plume habituelle ci-dessous : j’ai fait analyser la vidéo par NotebookLM, j’ai demandé « un article type blog » et j’en tire les passages qui m’intéressent (seront pointés en italiques). Ils sont très respectueux du contenu, que, pour une fois, j’ai écouté en totalité.

Nick Horwitz (NH ci-dessous) est passionnant dans son décodage via ses autres vidéos de sa chaîne YT ou son compte X, mais il faut connaître le contexte. Il est fraîchement diplômé, 28 ans, il semble ne pas avoir d’expérience de terrain, mais avoir une connaissance plutôt théorique. Il s’est guéri d’une maladie grave des intestins avec la diète céto, il ne connaît donc que ça. Or, je connais au moins trois types de diètes alimentaires différents qui auraient fait le même effet. Donc : l’écouter avec des pincettese dans les oreilles 😉

Tactiques

NH déroule un schéma commun de désinformation scientifique, sur la base de quatre exemples d’études, où il a repéré les tactiques suivantes:

  1. la distorsion des définitions (un régime à 40 % de glucides qualifié de « low-carb »),
  2. l'utilisation de modèles inappropriés (des souris génétiquement modifiées nourries au saindoux),
  3. des défauts de conception fatals (l'absence de période de sevrage qui inverse les conclusions)
  4. et la fausse représentation pure et simple (blâmer un régime pour la progression d'une maladie préexistante).

Dans le détail

1. Votre médecin aura peut-être lu des études, provenant de Fédérations du Diabète, par exemple, qui prouvent que les régimes faibles en glucides sont inefficaces, voire néfastes, pour le diabète. NH en décode une provenant de l'American Diabetes Association, où le groupe consommant le moins de glucides tirait encore 40 % de ses calories des glucides! Cela n'a rien à avoir avec low-carb, c'est du medium-carb et encore... On ne sait la qualité des glucides.

Ce n'est donc pas une simple approximation ; c'est une erreur qui trompe le public et qui masque les preuves réelles de l'efficacité de ces approches pour le diabète.

Le but n'est pas de prétendre que les régimes faibles en glucides sont une solution magique. Il est de souligner un fait essentiel : le contexte et la formulation déterminent les résultats. La prochaine fois que quelqu'un vous dit que le low-carb ne fonctionne pas, demandez-lui de décortiquer son affirmation. Parce que le métabolisme ne lit pas les communiqués de presse.

 

2. Nous ne disposons pas d'études sur l'effet à long terme de la pratique permanente du mode cétogène, si ce n'est le cas des petits épileptiques nourris aux poudres de substitution. Je ne peux juger du résultat, nous ne nourrissons pas de poudre.

Une étude de 2025 publiée dans la revue Science Advances a fait les gros titres en affirmant qu'un régime cétogène causait des dommages à long terme, notamment le foie gras et la résistance à l'insuline. Mais la distorsion fondamentale. est que le modèle animal utilisé concernait des souris génétiquement prédisposées à l'obésité sous un régime riche en graisses.

En outre, le régime « céto » administré n'était pas un régime cétogène bien formulé, mais une caricature grotesque : une préparation de laboratoire composée de saindoux et d'huile de soja (NdT : la pire des huiles végétales, avec l'huile de coon !).

Je rappelle que les études sur rongeurs ne sont transposables aux humains qu'à hauteur de 37%, ce qui, les bons jours, m'invitent à la prudence; et les plus mauvais jours, me fait l'équivalent de jouer aux fléchettes les yeux fermés

Voir l'infographie, provenant du site de Jérémy Anso Dur-a-avaler.com

 

 


Ceci dit, NH émolit cette étude car il est jeune, oh! qu'il est jeune et qu'il n'a pas de culture générale en nutrition. Il est aveuglé par sa propre guérison et ne voit que midi à sa porte.

La cétogène est connue des pratiquants eux-mêmes pour produire de l'insulinorésistance sur la durée! Je n'ai pas de retour sur le foie gras métabolique à ce jour. L'étude sur les souris est donc à moitié correcte dans ses résultats, malgré ses gros défauts méthodologiques.

 

3. Un essai clinique randomisé et contrôlé, publié dans Nature Medicine, semblait à première vue digne de confiance. Il s'agissait du « gold standard » de la recherche. Pourtant, cette étude contenait une erreur fatale.

L'erreur fatale résidait dans l'absence de « période de sevrage » (washout period) entre les deux régimes testés. Cette période est cruciale car elle agit comme une réinitialisation métabolique. Sans elle, les effets d'un régime peuvent se « reporter » sur le suivant. C'est exactement ce qui s'est passé ici : l'effet de report, non rapporté initialement, s'est avéré être environ trois fois plus important que l'effet originalement rapporté, et dans la direction opposée. En termes simples, le régime faible en glucides a été blâmé pour les effets métaboliques négatifs causés par le régime faible en gras, et inversement.

C'est pire qu'inutile parce que c'est trompeur.

4. Le dernier exemple est peut-être le plus choquant. Une grande revue de cardiologie, Circulation, a publié une étude de cas dont le titre blâmait directement un régime cétogène pour la « progression rapide d'une maladie coronarienne ». Pourtant, la véritable histoire, enfouie dans le rapport, est un scandale. En lisant attentivement, on découvre la réalité sur le patient : il souffrait déjà d'une maladie cardiovasculaire sévère et avancée avant même d'avoir jamais essayé un régime cétogène. La durée exacte et la composition de son supposé régime cétogène étaient des informations « visiblement absentes » du rapport. Le titre attribue la culpabilité au régime cétogène alors qu'il s'agissait très probablement de la progression naturelle de sa maladie préexistante sur plusieurs années.

 

Le pitch

En conclusion, NH n’a analysé que 4 études critiquant l’effet du LC, mais cela suffit pour souligner les défauts de perception : on ne saura jamais s’il s’agit de mensonges francs, de distorsions du réel ou de biais cognitifs majeurs. Dire qu’on critique Trump pour ses « faits alternatifs ». Il n’est pas seul à aimer ça ;)

Retour à mon laïus perso. Les études sont souvent biaisées à la base, ou défendues par des idéologues (NH, par exemple, qui nous éclaire le discernement, merci, mais qui porte de toute évidence des oeillères à cause de son histoire personnelle). A ce jour (fin 2025), aucune étude n'a comparé la pratique de la cétogène stricte par rapport à une assiette de nourritures vraies, cuisinées chez soi, en rotations sages et en variété.

Il existe une solution pour s'y retrouver: sortez vos antennes, écoutez-vous.

1/ surveillez-vous en vous aidant d’un petit carnet de symptômes, le cas échéant à l’aide d’examens sanguins ou des appareils désormais domestiques (glucomètre, tensiomètre, etc.).

2/ Faites ensuite un essai de la cure X que vante votre copain ou votre groupe sur les RS.

3/ Reprenez ensuite le biohacking : surveillance continue de l’effet sur vous.

4/ Observez les résultats, calibrez, continuez ou arrêtez.

C’est d’un simple ! Après 30 ans, je ne comprends toujours pas pourquoi tout le monde ne procède pas ainsi. C’est du bon sens dans le respect de soi (« bon sens » dans toutes ses acceptions).

 


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