taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Naturologie - la voie douce p. 10

Lire l'intro du dossier en cours. ATTENTION: ce document est en mouvement permanent, j'y travaille en ligne...

L'initiation par l'excès

Parmi les motivations à suivre les voies dures, je m'autocite encore, j'extrais d'un de mes topos:

"La part psychique si puissante au cœur de chacun fait qu'un passage « initiatique » par des voies excessives est souvent nécessaire. Dès lors que le mouton de panurge alimentaire sort du lot et comprend que son avenir dépend de sa nouvelle posture en diététique, il va devenir un mouton noir ... le temps de prendre la place léonine de celui qui n'a de comptes à rendre à personne.

Cette période du mouton noir qui se croit ouvert à des vérités cachées aux autres, période où il est très tentant de traiter les autres de « mangeurs de cochonneries » ou de « pigeons de la grande distribution », dure de quelques mois à quelques années.

Pendant ce temps-là, le chercheur en santé va être attiré par tous les joueurs de flûte de Hamelin qui lui chantent la chanson du mouton noir, bien sûr : « nous » sommes différents, « nous » avons compris l'essence des choses, « ils » nous empoisonnent. C'est un passage quasi obligé. Que les pratiquants osent lever le doigt et me dire qu'ils ne sont pas passés par là, tout comme moi ?

Dans ces cas, il est vain de vouloir s'opposer à ce rite initiatique. On peut même se demander s'il n'est pas bénéfique, au contraire. Le tout est de ne pas se laisser enfermer dans les craintes et interdits si souvent utilisés en barrières identitaires.

J'en ai fait une vidéo-tweet de deux minutes.

En gros, dans mes livres et mes formations, je m'adresse à celui qui est sorti du labyrinthe. Tant qu'il a encore besoin de zoner dans la peau d'un mouton noir, je remercie tous mes camarades (même les minigourous) de leur tenir la main. Pour ma part, je ne voudrais pas quitter cette vie-ci en sachant que j'ai pu maltraiter mon prochain. Je pense qu'une véritable initiation spirituelle est plus salutaire.

Une des évaluations essentielles dans mon approche d'un mangeur: est-il prêt à sortir du labyrinthe? Si non, mon approche "nourritures vraies" et "écoute-toi" ne lui convient pas. Je ne m'acharnerai pas.

Se conformer aux consignes

On peut dériver en naturologie sans que la dérive soit aussi flagrante que "des gifles pour un organisme épuisé".

Un praticien qui veut aider à se requinquer un patient qui aurait persévéré dans une voie mal adaptée pour lui, ici et maintenant, ou inadéquate pour son profil, ou trop dure pour ses besoins devrait toujours se rappeler un paramètre psy. Certains patients ont une capacité extraordinaire à respecter les consignes médicales et paramédicales. Si le docteur l'a dit, hein...

J'ai mis du temps à repérer cette dérive, car j'ai le défaut inverse: je n'entends que ce que je veux entendre et je négocie mes traitements avec les docs. Le chimiothérapeute en 94: "mais on n'est pas au souk, ici, madame"...

Un cas extrême, que j'ai rencontré plus d'une fois en "suivi culinaire": le patient, épuisé chronique, a consulté cinq soignants d'horizons différents, sans le préciser aux autres intervenants. Il cumule les cinq protocoles différents, travaillant sur des organes ou des zones différentes parfois. Il peut en arriver à prolonger des prises de compléments alimentaires dont je gage que le nutrithérapeute avait prévu "une petite cure d'un mois". Et, pôvre de moi, je n'ai que mes fourchettes et mes assiettes pour l'aider à mettre de l'ordre dans tout ce bazar! Les dernières années lorsque j'animais ces "entretiens" privés, je demandais systématiquement un plan détaillé de tout l'horizon thérapeutique du mangeur.

C'est par cette intervention que j'ai pu déduire que les personnes chez qui la réforme alimentaire donnait des effets médiocres étaient soit polymédicamentés, soit polycomplémentés.

Je n'arrive pas à trouver de traduction précises pour l'anglais "compliant", qui qualifie la personne qui donne son adhésion totale à un projet, sans le questionner. Thérapeutes, soyez attentifs aux "trop-compliants". Soyez très précis dans les consignes, la durée, l'étendue du protocole...
Ceci s'adresse plutôt aux élèves de mes (ex)-séminaires, je rêve que d'autres praticiens de santé passent me rendre visite dans ces pages...

Nutrithérapie et médecine anti-âge

Dans le contexte du dossier, il faut nuancer le jugement en fonction du sujet dont on parle: pour un canari, pour un épuisé chronique, jouer avec des compléments alimentaires n'est PAS la voie douce.

A mes yeux, la pharmacopée par voie de compléments (zinc par-ci, magnésium par-là, silice pour couronner le tout) est un pan d'action comme un autre si je reprends mon illustration en cercle dynamique. L'actionner enclenchera peut-être une dynamique telle que le sujet se prendra en charge au plan alimentaire. A condition bien sûr que les compléments soient prescrits par un nutrithérapeute formé dans une toute bonne école, pas autoprescrits ou pas suggérés par un improvisateur.

Pierre-Emmanuel, de "La voix du corps", m'a interviewé sur le sujet. Pas de transcription, mais j'ai le souvenir que c'était le thème. Pas la patience de me réécouter...

Pour un "simple" malade chronique, c'est une des portes d'entrée. Pour les épuisés chroniques et les canaris de naissance, je n'ai vu qu'effets neutres ou, pire, effets néfastes - par mail, en entretien direct, en conférence et sur les forums. Imaginez que pas mal des audités que j'ai étudiés avaient consulté l'excellent docteur Mouton (médecine fonctionnelle), une toute grande pointure dans ce domaine. Si le résultat n'était pas au rendez-vous malgré son étude fine des bilans, malgré son doigté thérapeutique, c'est qu'il y avait opposition du corps même du patient: épuisé, il est comme un ami déprimé à qui l'on a beau tendre la main...

Je n'exclus pas ceux que cette thérapeutique a pu sortir de leur burn-out et qui ne se font pas connaître. Je ne peux être catégorique sur le sujet, je me répète "je n'ai pas rencontré", ce qui ne signifie pas "il n'y a pas".

Je souris en pensant à une vidéo de Marion Kaplan, dont j'ai visionné quasi tous les extraits, pour savoir chez qui envoyer les amateurs que je voudrais détourner des minigourous. Marion Kaplan a travaillé en direct avec Kousmine et avec des médecins kousminiens, elle n'est pas née de la dernière pluie. Mais elle est tellement dans son domaine, qu'elle en arrive à dire (de mémoire, vérifiez, svp): "je ne connais personne qui est en bonne santé sans surveiller son alimentation". Hihi, sans réfléchir, en quelques minutes, j'en trouve plein parmi mes camarades de plus de quarante ans pourtant. Mais! Ceux qui viennent nous voir sont précisément ceux qui sont plus fragiles. C'est humain, c'est trop facile: on voit midi à sa porte. A ce compte-là, je verrais des canaris de la modernité partout. Meuh non! Ils sont arrivés chez moi en fin de parcours.

Parmi les médecins anti-âge, les hormonothérapeutes non-endocrinologues de formation, comme le belge Thierry Hertoghe et ses suiveurs, ne sont PAS la voie douce - et ce, pour personne!

Je comprends qu'on soit perdu en naturologie si on lit des billets de ce gars-là dans une lettre naturo (Jean-Marc Dupuis). Utiliser des hormones bio-identiques (alias "naturelles") n'est pas plus naturo qu'utiliser de la cigüe parce qu'elle pousse dans les champs, voyons. Lisez Dupuis, laissez tomber la partie TH (on finirait par croire que j'ai une dent contre les Thierry, non? D'abord Casasnovas alias le Melliflu puis ce Thierry-ci).

Travailler au niveau des hormones, qui est, hiérarchiquement parlant, le niveau le plus élevé de notre pyramide de bien-être, demande un doigté hors pair. Dans les livres je suis plus prudente, en direct ou sur le blog je peux dire que mon copain psychiatre adore ces gars-là, car après 3 mois de supplémentation hormonale à l'aveugle (car c'en est, quand ils ne sont pas endocrinologues), il récupère la patientèle dans sa consult.

Je pense à ma copine Cécile: "oh dis donc ta cure antifatigue c'est bien compliqué, je vais consulter X. (célèbre médecin antiâge)". Super, je la revois après 3 semaines, elle a rajeuni de dix ans, forme époustouflante. Chouette pour elle, c'est vrai que c'est drôlement plus facile. Je la revois après 3 mois: yiiiks! Le soufflé est retombé, elle est toute flétrie, elle a perdu le moral, elle pleure toute la journée. Cher payé aussi, non?

Ceci dit, ma compassion oscille comme toujours: pourquoi, mais pourquoi, Cécile va-t-elle donner les clés de son bien-être sans vérifier les diplômes d'un gaillard? Pas endocrino? Je prends pas ses hormones. Endocrino: on peut même encore négocier et essayer de comprendre sa prescription.

Conclusion: "touche pas à mes hormones". Point à la ligne. Je suis très catégorique ici car l'épuisement chronique étant en gros et en travers un lâcher prise hormonal, un chaos généralisé sur ce plan, les malades qui le sentent auraient tendance à se tourner vers l'hormonothérapie des cow boys.

Autocitation, page 46 de "En finir avec le burn-out" (que j'ai répétée page 51, vu que des référents de mon approche ne distribuent parfois que certaines pages dans certains contextes):

Ces tempêtes hormonales peuvent entraîner des troubles nerveux de l'ordre des TOCs ou de la dépression. Face à de telles tempêtes, il est tentant de procéder à de l'hormonothérapie. Prudence ! L'équilibrage des orages hormonaux installés sur la durée est du ressort d'un médecin bien informé.

Je n'ai pas ici mentionné « d'un thérapeute de la médecine anti-âge », car certains de ces praticiens utilisent des doses considérables d'hormones de synthèse, dans un cadre allopathique « il-manque-du-cortisol-j'ajoute-du-cortisol ». Merci bien ! Après les deux premiers mois de sursaut, je ne donne pas cher de l'équilibre profond. On jouerait à l'éléphant dans un jeu de quilles.

Depuis quinze ans, j'ai observé trop de désastres chez des épuisés chroniques qui ont donné dans ce panneau.

Plus sérieux, citons au sujet de l'hormonothérapie le dr Georges Mouton: "Même si l'administration d'hormones relève d'objectifs logiques, en allant plus loin et en visant mieux que l'évolution physiologique du corps humain au fil des décennies, que savons-nous exactement des effets à long terme? Vu l'immense complexité inhérente aux organismes vivants, changer les règles du jeu risque d'amener des conséquences imprévues, voire fâcheuses, d'où toutes ces réticences auxquelles la médecine fonctionnelle échappe totalement en raison même de sa conception".

Je traduis en français profane: il a dû voir les mêmes dégâts sur le terrain que moi, d'où sa prudence.

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