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cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Le code carnivore, du dr Saladino - décodage par Bernard Bel

19.9.22 Bernard Bel, du blog de veille scientifique lebonheurestpossible.org décrypte avec son talent habituel le livre du docteur Saladino : "The Carnivore Code". Il traduit des extraits du livre et les commente avec son esprit rigoureux, amateur de réalités scientifiques. Je m’adonne ici au commentaire des commentaires.


billet lié à mon livre à paraître
"Retour à soi: la cure"


24.6.21 (suis pas en retard pour rapatrier les brouillons sur ce blog, dis donc). Bernard Bel, du blog de veille scientifique lebonheurestpossible.org décrypte avec son talent habituel le livre du docteur Saladino : "The Carnivore Code". Il traduit des extraits du livre et les commente avec son esprit rigoureux, amateur de réalités scientifiques. Je m’adonne ici au commentaire des commentaires.

Mon intention ici est de poser son analyse en contexte de profilage alimentaire. Pour cela, je dois dire d'où je parle.

Le profilage alimentaire n'est pas une méthode, bien que certains référents la présentent comme telle. C'est une grille de lecture, sur le terrain, ce n'est pas une méthode scientifique. C'est un outil qui aide chacun à s'écouter (enfin!). Bernard, quant à lui, fait un vrai travail de veille scientifique, documenté, argumenté, sourcé. Les lecteurs de mes livres ou de mes blogs ont déjà repéré le ton délibérément concret et familial, sans sources et sans polémiques. J'ai les sources en main, je les vérifie et je les fais vérifier par des pros. Mais je n'encombre pas le discours avec des sources, dont on sait comment on peut les sélectionner au doigt mouillé.

Bernard et moi avons deux publics complètement différents, et deux intentions différentes aussi - même si on est quasi toujours d'accord sur le fond: nourritures vraies, exercice intelligemment mené, écoute de soi, multiples piliers naturo.

Pour rendre la lecture du billet encore plus aisée, j'ai ajouté les commentaires de Bernard sur mes propres commentaires. On dirait deux rabbins dis donc, c'est amusant.

Extrait de l’intro de l’auteur

« Mon objectif n’est pas de promouvoir un régime « hors-norme » basé (presque) exclusivement sur des aliments d’origine animale, mais plutôt de rendre compte de l’argumentation de Paul Saladino et du travail documentaire à l’appui. Car cet ouvrage cite plus de 700 références dans un format conforme aux normes académiques internationales — dont bien des auteurs francophones gagneraient à s’inspirer ! »

Je partage ses appréciations tout comme ses mises en garde face à l'excès de ce régime: on n'y mange quasi que de la viande. Ouep. Rien d'autre!

Kresser-Saladino: c’est cette entrevue dont je voulais relayer sur le site la transcription lue chez Kresser il y a quelques mois. Le relais traînait. Bien m’en prit puisque Bernard nous propose la traduction en français -- sous les applaudissements de la salle, mille fois merci à lui.

Aucun gourou n'avait jamais proposé dans le passé, avec succès, de se passer de TOUT végétal comme le font les dr Saladino et consorts (mouvance carnivore ou « zero-carb »). Cette piste n'est valorisée que depuis peu. Son succès fera long feu, mais pour l'instant c'est une vague aux States. J'imagine que les gens découvrent enfin le bénéfice de mon fameux régime rosbif/mayo, celui que je conseillais aux supercanaris et qu'une seule personne a accepté de suivre (à part moi): après 60 ans de malheurs, elle a vécu une résurrection! Puis s’est restructurée autrement, bien sûr.

Je suis le mouvement via depuis 2000 à peu près, plus récemment via les sites Zérocarb ou les mouvances Principia Carnivoria. 2000: date à laquelle j'ai commencé à suivre toutes ces pistes "vegetable poisons and other stuff" (via le site d'Emma Davies, blog hélas disparu), car, à la faveur de l'épisode de RCUH en 2000, j'avais découvert que le plan Kousmine que je vantais tant dans mes livres ne m'allait pas, ou plus. Pire: je réagissais aux fibres dures et à quasi tous les végétaux.

Depuis 2000, j'ai eu le temps de me faire un avis sur le carnivorisme, que je partage ici.

Qui sont les pionniers de ce système? J'ai conté l'histoire de "The Bear", premier médiatisé, où je présente aussi d'autres gourous du carnivorisme.

A part The Bear, quasi chaque fois ces pratiquants sont :

* soit des extrémistes (ex véganes, par exemple) qui cherchent un autre extrême;

* soit, ce qui me touche plus, des cas atypiques, victimes de polymorphismes génétiques divers, comme Saladino. Très très souvent victimes de maladies dégénératives type eczéma asthme déjà jeunes, souvent victimes de ce que moi j'appelle la "canaritude" (hypersensibilité à certains poisons modernes et à leurs clones moléculaires: certains végétaux).

A ce titre, ils finissent souvent en menu "boeuf et eau", parfois abats, ce qui est le programme conseillé par Esmée Lafleur de zerocarb (et qui n'est pas suggéré par Saladino, voir remarque de Bernard). C'est bien normal: à force de régimes (bravo à eux pour leur courage), j'ai l'hypothèse qu'ils ont niqué leur système enzymatique (aucun bravo à leurs coachs en revanche). Certains ne métabolisent plus rien du tout, comme s'ils étaient des anorexiques en voie de guérison.

Bernard: "Il insiste sur l'importance d'un équilibre entre les apports de protéines et de graisses. Ça ne sera donc jamais être "bœuf et eau". La place des abats est par ailleurs centrale dans ce qu'il préconise, comme sources de graisses saturées de bonne qualité et de minéraux, vitamines A, B12, etc. Il ne propose pas de supprimer totalement les végétaux, uniquement en période de traitement (le 5e niveau). Au premier niveau on sélectionne seulement les végétaux selon leur toxicité, sachant par exemple que les fruits (y compris avocats et tomates) n'ont pas cette toxicité naturelle. Donc le "low-carb" ne fait pas partie de cette approche, même si on aurait tendance à le privilégier pour perdre du poids. Aucune restriction sur les fromages (de pâturage, affinés, au lait cru) sauf qu'aux USA il peut être difficile de s'en procurer de cette qualité. Il inclut aussi les œufs, ce qui n'a rien de surprenant, je n'ai donc pas jugé utile de le préciser. C'est directement lié à ses 7 pages sur le mythe du cholestérol."

Donc: exit les oeufs, les beurres et fromages - "surtout" quand ils sont bio et de lait cru, un comble. Cela me fend le coeur de l''énoncer, mais c'est une observation sur le terrain. Pour un "canari" des mines de la modernité , je pense que ces produits ont trop de principes actifs, qui se comportent comme des toxiques chez lui et non comme des éléments bénéfiques. Les prendre en pasteurisé: inutile, car ils contiennent souvent des additifs qui les font flamber.

Exit le porc, trop riche en amines qui vient chatouiller leur système allergique. Idem pour les produits de la mer.

Bernard: (à propos de ceux qui voudraient pratiquer la cure carni en viandes blanches) Il serait   intéressant de souligner que les viandes "blanches" (volailles et porc) sont souvent trop pauvres en oméga-3 du fait de l'alimentation en céréales/légumineuses des animaux, même bio. Reconnaissons aussi que les amines du porc peuvent poser problème, bien que ce soit amplifié par le mode de cuisson. La rengaine "je ne mange plus que de la viande blanche" (fantasme de ce "rouge" qui évoque le sang) est un des choix les plus stupides dans des pays où l'on trouve à prix abordable du "bœuf" et de l'agneau nourris à l'herbe. Pour le porc (que nous consommons bien plus rarement), même en supermarché on trouve du porc "ibérico" élevé dans les pâturages du centre ouest de l'Espagne. Et tout près de chez nous en Provence il y a un éleveur qui fait la même qualité.

Pas de sauces à base d'huiles car, par bonne conscience, ils veulent des huiles VPPF... qui sont désastreuses pour eux (principes actifs? salicylates? on cherche encore). Etc. Etc.

Détail: si j'en crois le résumé de Bernard, Saladino a tout faux dans sa liste de salicylates. A revoir. "Les aliments riches en salicylates comprennent les asperges, les amandes, les avocats, les cerises, les nectarines, les dattes, les mûres, les noix de coco et l’huile de coco, le miel, les tomates, les pommes de terre et les aubergines, bien que cette liste ne soit pas exhaustive." Ah si seulement c'était si simple, énonce la spécialiste des salicylates qui vous parle: et l'huile d'olive? et toutes les huiles VPPF? TOUTES les oléagineuses? TOUS les fruits?

Réponse Bernard:"Il me paraît difficile de commenter l'approche de Paul Saladino sans avoir étudié son livre : j'y ai passé plus d'un mois à plein temps. Cela dit, c'est bien que tu partages ton expérience du "carnivorisme" à travers les tentatives d'échanges avec des "adeptes", même si j'accorde peu de crédibilité aux retours d'expérience (biais du survivant ou biais du mourant) publiés sur les réseaux sociaux. C'est dommage de mélanger ces propositions avec l'analyse à mon avis trop éloignée d'un ouvrage qui contient de nombreuses données factuelles.
Quelques points méritent donc d'être précisés. Ils indiquent certainement les failles de ma sélection d'extraits.
1) Il n'y a aucune "liste de salicylates" dans cet ouvrage, donc je ne vois pas comment l'auteur peut avoir "tout faux"… Il propose seulement une liste *non-exhaustive* d'aliments riches en salicylates, que j'ai reproduite (page 74)
."

La grille de lecture en trois critères science - histoire - terrain

Mes trois critères pour filtrer les infos en nutri: la science, l'histoire et le terrain .

La science: Saladino est très fort en la matière, comme le souligne Bernard, mais il fait un peu de cherry picking, il choisit les études qui lui conviennent. Il aurait bien tort de s'en priver: *tout* le monde le fait en nutrition.

L'histoire: aïe, un joli trou dans le filet, car aucune des populations longèves et prospères que l'on a étudié ne survivait en zero carb. Même les Inuits mangeaient *d'abord* le contenu des entrailles des phoques (algues, etc.). Au passage, aucune n’a jamais vécu en cétogénique non plus, ni en végane.

Le terrain. Notre bon docteur en médecine fonctionnelle oublie les mille et un témoignages de personnes tâtant du carnivore et victimes de selles molles pendant de longues semaines! Sans compter les autres petits dégâts.

 

Bernard: "C'est un peu fort de café de parler de "cherry picking" pour un bouquin qui contient plus de 700 références vers les études scientifiques. Plutôt un tombereau de cerises ! C'est d'ailleurs ce qui m'a incité à le lire et reprendre de nombreuses références. Pour donner crédit au "cherry picking", il faudrait donner des exemples d'études qu'il aurait évité de citer et qui concluent à l'inverse… Mais des études interventionnelles, pas de ces enquêtes nutritionnelles basées sur des questionnaires qui aboutissent à des corrélations aberrantes — sur lesquelles sont basées toutes les recommandations de santé publique… Je l'avais déjà signalé dans un article. Les références cités par Saladino ne font qu'illustrer un peu plus ce problème méthodologique fondamental. "

Rayon carnivore comme "panacée", voir ce qui se passe quand on n'a pas le bon profil biochimique, sur un fil reddit. Funny, non? Demander qu'on accepte un à deux mois de selles liquides "pour s'adapter"?

Certes, on lit d'enthousiasmants "I have Crohn's disease and had chronic diarrhea for years and years. I've been full carnivore for about 7 months now. It took about 6 weeks before I could trust a fart again but since then my poops have been picture perfect, I'm quite proud of them now. Such a relief to finally say goodbye to chronic gut issues!!"

J'ai soigné des victimes de maladie de Crohn graves avec la diète Nouvelle flore, qui arrête les diarrhées en quelques jours !

Même en cétogénique, une des cures les plus dures, on n'a pas tant d'effets secondaires.

Les piliers de santé

En naturologie, en médecine chinoise, l'alimentation n'est qu'un des quatre piliers de votre santé. Lire "les 4 piliers"

Je note que Saladino est très "physique" mais ne semble pas parler de techniques plus douces, moins "resserrantes" musculaires, comme le stretching ou le yoga? On peut aggraver son métabolisme en pratiquant des sports trop durs. Je ne connais son cas, mais c'est à prendre en compte.

Bernard: "Au niveau de la forme physique, je constate que tous les médecins et nutritionnistes font la confusion entre sport, entraînement et exercice. L'entraînement est utile au sport, mais seul l'exercice est indispensable à la santé. Faire du tennis n'est pas de l'exercice, on est malgré soi en compétition et donc souvent en surentraînement, même si ce n'est que "pour jouer". L'exercice, comme l'entraînement, nécessite un dosage sérieux de l'intensité, du rythme cardiaque, de la durée et de la fréquence des séances, ainsi qu'une vérification de leurs effets (voir https://lebonheurestpossible.org/exercice/).
Quand j'ai repris du poids l'an dernier, ce n'est pas les kilos (que je ne mesure plus) qui m'ont alerté, mais les 20% de perte d'efficacité (mesurée à rythme cardiaque optimal). Sans que ça me surprenne, l'efficacité est de retour avec une meilleure nutrition. Mais il suffit que j'interrompe les séances d'exercice pendant deux jours pour assister à une dégringolade : fatigue dans le dos, mauvaise posture, mauvaise marche et donc accumulation de problèmes. Les médecins qui ne savent parler que de "sport" (et souvent n'en pratiquent pas) appellent ça du "vieillissement". Pfff, si c'est pas malheureux d'entendre ça à 72 ans… Passons !
Que Paul Saladino et Chris Kresser soient adeptes de surf, c'est de leur âge, ça m'aurait certainement plu si j'avais vécu au bord de la mer… Je ne vois aucune incompatibilité entre pratiques "dures" et pratiques "douces". Le dao-yin fait partie de mon éventail d'exercice, ainsi d'autres approches qui ne visent pas du tout à "faire du muscle". Certainement loin du stretching qui a brisé la fin de carrière de danseuses professionnelles et adeptes de yoga — exemple ici : https://lebonheurestpossible.org/the-slow-burn-fitness.../"

Me trompé-je ou il semble *tout* miser sur l'alimentaire, oubliant la partie psy, méditation aussi?

Je constate que la flambée carnivore depuis 2000 aux States suit à peu près la courbe de pollutions électromagnétiques. Y aurait-il un lien? Mon questionnement provient du fait que ma sensibilité au wifi la nuit et aux antennes de téléphonie disparaît illico avec un seul régime: le carnivore.

J'ai testé le jeûne: aucun effet. J'ai testé la paléo ou un de mes autres régimes sans farineux ni sucres: aucun effet. Carnivore fromager (ma version): je peux dormir la tête sur la box wifi! J'exagère. Il se pourrait que ces mangeurs doivent recourir à un régime si extrême parce qu'ils ne se fient qu'à l'alimentaire, qu'ils sont encore fragilisés par l'e-smog, qu'ils ne combinent pas les très excellents atouts naturo de sophrologie, yoga/stretching ou méditation.

Mon hypothèse: aujourd'hui des personnes fragiles ("des", pas toutes) marquent de grandes réactivités à tout ce qui provient du végétal alors qu’il y a 15-20 ans je ne rencontrais pas ces cas. Je me demande si cela n'est pas croisé avec la pollution électromagnétique ubiquiste depuis peu .

Accessoire: est-il vraiment médecin, ou "assistant médical"? On ne s'y retrouve pas dans les diplomes des Ricains. ND naturopathic doctor est "médecin" par exemple. Aux States, on achète des diplomes à distance, aussi...

Réponse Bernard: "Saladino est médecin. S'il a passé plusieurs années en tant qu'assistant médical, il a fait ensuite 4 ans d'école de médecine plus 4 ans de résidence, et il précise bien qu'il a obtenu les diplômes en psychiatrie (pages XIX-XX)."

Etudier une biochimie statique, l'appliquer à des humains dynamiques

Au plan gastronomique, ce régime a peu d'avenir chez nous. On comprend son succès aux Etats-Unis, pays où le discours de Saladino peut prendre: ils sont des adeptes du nutritionnisme, ils objectifient la nutrition en la découpant en calories et nutriments. Des millions d'Américains vivent en notant *tous les jours* leurs consommations et en notant les résultats algébriques, dans l'espoir de minceur, de force musculaire, ou par simple copie des pairs. Dans tous mes livres, je lutte contre cette déviance: si j'instrumentalise certes notre assiette pour aider chacun à trouver son plan alimentaire idéal, je répète que la nourriture est un lien avec l'autre, y compris l'exploitant qui l'a produite, un lien avec la nature et ses mystères, avec la terre profonde. Les aliments sont bien plus que des calories ou des sacs à nutriments.

Bernard: "On est 100% d'accord sur le "nutritionnisme" mais je n'ai pas eu besoin d'y faire allusion car je n'ai rien décelé de tel dans l'ouvrage que je commentais. En chrononutrition (selon A. Delabos) on mesure les quantités pendant la première année, mais c'est pour compenser l'absence de sensation de satiété (sensibilité à la leptine ?). Douze ans plus tard je n'ai pas besoin de balance pour vérifier que je consomme à peu près 70 grammes de fromages variés et 15 de beurre chaque matin : la satiété est redevenue mon guide.
(...)
Il y a des convergences et de fortes divergences entre mon expérience (seulement 1 mois) de diète proche du "niveau 1" du carnivore (incluant œufs et fromages) et ce que dont tu témoignes. Au niveau de la convergence, j'ai aussi constaté la disparition immédiate de crampes et la diminution progressive d'engourdissement dans les pieds liés à un retour veineux défectueux que l'exercice ne résolvait pas.
Ma seule vraie "maladie" est une tendance à la (re)prise de poids malgré les succès spectaculaires, mais pas reproduits, d'une alimentation réglée selon la chrononutrition et, ponctuellement, d'une période en cétogène. Surtout pendant l'année 2020 où j'avais adopté le "Stop & Go" et le jeûne fractionné. Je constate un effet très visible de ce carnivore "niveau 1" et m'accorde donc un an pour éliminer tout surpoids. Avec toute la flexibilité encouragée par Saladino — "l'équation personnelle de Qualité de vie" — autrement dit ne pas faire la fine gueule quand on est invité, surtout si c'est bon ! Ou de manger 100% végétal pendant 3 jours lors de l'animation d'un stage. Il suffit de compenser par de fortes rasades de vin bio  
"

Je reprends l'expression de mon cher Chris Masterjohn, nous étudions la biochimie des aliments sous leur forme statique et nous entendons en appliquer les découvertes à des humains dynamiques. Je l'ai exprimé différemment dans "Nourritures vraies", mais l'essence du discours est la même.

Masterjohn, dans ses notes de https://www.youtube.com/watch?v=JDvs2TxVLpY, que je traduis:

"Je ne pense pas que l'être humain doive s'autolimiter par un seul régime alimentaire. L'être humain est extrêmement adaptable. Je crois personnellement à l'alternance de diètes (cycling en anglais). Jeûne/ festin, régime à base de plantes et régime céto , mais aussi régime pesco et carnivore. Historiquement, nous avons traversé des cycles de régimes différents avec des variations saisonnières.

L'homme est en train de tout gâcher parce que nous avons introduit tellement de produits chimiques et aussi des modèles d'alimentation anormaux chez nos animaux. Les humains consomment beaucoup trop d'aliments transformés, utilisent de nombreux ustensiles de cuisine ou d 'usine relâchant des produits chimiques et rejettent trop de produits chimiques dans notre environnement.

En médecine et nutrition, la plupart des études sont lourdes de biais cognitifs. Ayant une formation scientifique (NB TL: Masterjohn est docteur en nutrition, et hypercompétent), je commence à douter de la plupart des publications. Nous étudions la biochimie, qui est une science très statique, et nous essayons de l'appliquer à des êtres humains dynamiques.

Il existe des variations génétiques qui peuvent interférer avec la façon dont les nutriments sont utilisés. Les voies biochimiques des humains peuvent être influencées par une utilisation excessive de suppléments et de régimes restrictifs. "

Masterjohn est une de mes références favorites pour son talent de chercheur, mais aussi parce qu'il est lui même très atypique au plan de lal biochimie, victime de polymorphismes génétiques handicappants : il les surmonte avec de l'exercice physique et une alimentation modérée, ainsi que de nombreux suppléments (et là, ça se discute, mais ce n'est pas le sujet).

Les carnivores sont têtus, mais pas violents

Je découvre dans ce domaine beaucoup d'ex véganes, comme en diète cétogénique, aussi excessive. Or, la biochimie des véganes est comme celle des anorexiques: on dirait qu'ils ont niqué des circuits métaboliques essentiels. Nous, praticiens de terrain, n'arrivons pas à les requinquer. Ils restent fragiles, réactifs à mille et une choses. D'où l'utilité du carnivorisme, qui est en fait une éviction de plein de réactogènes. Mais ce n'est pas une solution, car ils flanchent dès qu'ils en sortent. Un pansement sur une jambe de bois.

Saladino et consorts peuvent chanter tout ce qu'ils veulent. Je vois bien que le boeuf requinque les plus épuisés, je l'ai utilisé dans ce contexte depuis 20 ans. Mais il doit y avoir une partie symbolique aussi.

Et, comme dans toute cure extrême, les débuts sont la lune de miel; attendons la lune de fiel.

Ils chantent des réussites thérapeutiques fooooormidables sur des maladies autoimmunes, que j'ai obtenues chez des mangeurs avec l'une ou l'autre de mes cures, bien plus équilibrées. J'ai un peu échangé sur twitter, mais ils ne veulent pas entendre. Ils ont inventé le fil à couper le beurre et voilà.

J'ai la dent moins dure contre eux que contre les gourous véganes car ils semblent bien moins violents. Têtus, mais pas brutaux.

Ce que je signale ici chez Saladino vaut pour quasi tous les prêtres du carnivorisme. Je le prends comme exemple dans cet article.

Le profilage alimentaire

Comme Bernard Bel le souligne dans ses commentaires, Saladino prend son nombril pour le reflet du monde, comme nous tous ( "nous" inclut mon être jusqu'il y vingt ans, date à laquelle la vie m'a fait comprendre le réel un peu mieux). Il semble ne pas insister sur les phénotypes et l'écoute de soi. En profilage, j'ai classifié les régimes en douze diètes possibles, pour douze cas ou profils – chacune étant regroupée dans l’une des trois classes génériques : « omnivore », « semivégétarien » ou « végétarien ».

Le nutritionnisme a ceci de particulier qu'il réifie tellement les aliments que les pratiquants croient traiter de science là où il n'y a que de l'art (dans ce cas-ci: que du lard, oups pardon). Si le régime ne leur convient pas, ils sont convaincus que, soit ils ne l'ont pas pratiqué assez longtemps, soit ils ont foiré. Il ne vient à l'idée de personne que le choix de ce régime a été fait au doigt mouillé et que personne n'est coupable de l'échec.

J’ai la conviction qu’à part quelques fortes biochimies (ou quelques sujets très complémentés), chacun a *un* régime idéal parmi les douze.

Je fais partie des profils "tarass boulba" qui prospèrent en mode carnivore. Physiquement. Car, mentalement, gustativement: bleurks! On mange seul, exclu des groupes. Gastronomiquement parlant, c'est le désert des papilles. Désertification générale en vue.

Bernard: Par rapport à ton expérience, j'ai aussi une "divergence sur le goût : l'introduction des abats d'animaux m'a rappelé que ma mère, originaire de la campagne, cuisinait souvent du foie, de la cervelle, des rognons, du boudin, de la langue… Je n'ai pas ses recettes mais je me régale d'en retrouver sur Internet et de les essayer. Pas encore réussi à reproduire le "brain curry" qui a été le plus délicieux repas de ma vie, un soir au Pakistan… L'utilisation de végétaux comme simples condiments, pour le goût, et non du remplissage calorique, change complètement l'approche de la cuisine.
Pas étonnant que les humains se soient nourris sur cette base pendant 3 millions d'années. Bien sûr, le végétal a toujours fait partie de leur diète, mais pas comme source principale de protéines/graisses/calories, sauf quand la chasse/pêche n'était pas bonne, ce que les analyses récentes des couches dentaires montrent clairement. La dégradation de la santé dentaire/osseuse/immunitaire et la diminution du volume du cerveau après l'adoption de l'agriculture céréalière sont aussi des faits avérés. La question n'a jamais été "low-carb" puisqu'on connaît l'affinité de toutes les populations pour le miel et les baies sauvages. Le problème aujourd'hui, dans nos régions riches et tempérées, est que nous avons l'embarras du choix, même dans une boutique bio. Miam le chocolat (un carré par jour) 🙂
Les Inuits mangeaient peut-être les algues (prédigérées) — voir https://leti.lt/k5bj — mais ils mangeaient aussi le phoque ! De même qu'ils croquaient les feuilles de thé après avoir bu le liquide (refroidi). Question de goût, et configurations génétiques dont on ne sait si elles étaient des causes ou des conséquences de leur mode de nutrition. En tout cas, les algues il y en a chez nous sur la table, pour saupoudrer la salade, à côté du natto et des œufs de saumon.
Je suis preneur de sources sérieuses et récentes en paléo-anthropologie qui complèteront les cours de Jean-Jacques Hublin au Collège de France, les ouvrages que j'ai consultés sur ces sujets, et les discussions (à venir cet été) avec notre amie palynologue Raymonde Bonnefille qui a participé à de nombreuses expéditions en Éthiopie.
"

En mode de test, j'ai tenu ce régime à ma mode pendant 5 mois il y a 2 ans. A ma mode: boeuf, daubes d'agneau, saucisson sec bio et... laitages comme beurre, crème, fromages de type comté. Superbes effets sur mon dynamisme, sur la digestion, sur le sommeil. Aucune crampe, bizarrement alors qu'en cétogénique, malgré les compléments, le sel, le bouillon, j'ai des crampes telles que j'ai l'impression que mes muscles vont se déchirer.

Rien sur la perte de poids, je m'en serais doutée. Rien sur l'énergie physique, je n'ai toujours pas pu reprendre le tennis sans me blesser souvent. J'accueille la vieillesse et voilà, je vieillis plus vite que d'autres. Plus de tennis: en route pour la broderie.

Le juste milieu?

Je garde cette référence du "Carnivore code" de Saladino en tout cas, car son discours vient à point pour contrebalancer la kyrielle de confettis qui sont extraits d'études scientifiques par les véganes, l'autre extrême en nutrition. Cela permettra à quelqu'un qui se questionne d'interroger les "vérités" véganes. Mais pour moi, il fait confetti comme les autres extrémistes: sur le terrain, à part sur quelques profils comme le sien et le mien, on voit bien que les végétaux ne sont pas un tel poison quand ils sont inclus dans une assiette variée, sage.

Considérer l'inverse équivaut à considérer que nos milliards d'aïeux étaient des ahuris de première, qui ont choisi de s'empoisonner avec des végétaux. Si on regarde plus près de nous, dans la chronologie de l'évolution, je connais d'autres ahuris qui eux, vraiment, s'empoisonnent avec la malbouffe à l'américaine et des "aliments" plus riches en pesticides qu'en nutriments. Quasi consciemment. Paille, poutre: vieux refrain.

Le bon sens est dans le juste millieu: utilisons ces deux régimes extrêmes comme "cures" temporaires, pour obtenir l'équivalent des effets d'un jeûne sans la perte musculaire qui survient après 48h (pardon à mon amie M. de le rappeler).

Mais méfions-nous des programmes alimentaires qui tiennent quasiment de l'idéologie et de la bannière identitaire. Comme coach, je garderais ce régime sous le coude pour aider les personnes atypiques (de type "canari" adulte) chez qui aucun autre essai n'a été probant, chez qui certains médicaments font même l'effet inverse à celui qu'on attend. Pour aider les désespérés, quoi. Car le régime carnivore est une excellente diète d'élimination: on ne loupe rien des aliments qui posent souci, on vire tout. Bims! Bien plus facile.

Et plus tentant pour certains que ma cure d'éviction majeure: "Détox' flash", qui est une adaptation de la cure Kitchiri des Indiens: du riz et du curry, en gros. Pendant cinq jours. Cette cure est détaillée dans "Gloutons de gluten" dont la version papier est épuisée. Depuis début septembre, j'en partage la version gratuite en pdf par ici, via notre portail maison.

Puis on revient à la juste mesure gastronomique, sociale, nutritionnelle: l'humain est surdoué pour s'adapter à divers environnements alimentaires. Les plus fragiles pratiqueront le "diet cycling", c'est à dire qu'ils sautilleront de diète en diète. Toute carnivore pure que je sois, il m'arrive de passer des journées entières en quasi végane. Avec bonheur.

Je mange de tout en régime de croisière mais dès que se pointe un rhume ou une angine, un stress quelconque, je fais une monodiète de steak pendant quelques jours et tout repart comme en quarante. Programme que j'appliquerai si j'ai une rechute d'une de mes maladies graves (fibromyalgie, rectocolite ulcérohémorragique ou cancer). Je ne voudrais pour autant pas reprendre mon idiosyncrasie parmi la liste des monodiètes possibles pour tous ;)

Bernard: "Sur son approche en général, il insiste sur l'adaptation du style de vie aux besoins spécifiques de chaque individu, ce qui l'a motivé à rechercher une alimentation qui faisait disparaître ses symptômes associés à de l'inflammation, après avoir à peu près tout essayé. Sa méthode personnelle est basée sur des essais et observations, autrement dit l'écoute de soi.
Il ne parle pas de "phénotypes" car ce mot n'apparaît pas dans la littérature scientifique en nutrition sur laquelle il a basé son ouvrage. Ce sont des tentatives de classification, simplistes à mon avis, qui risquent surtout de provoquer des erreurs d'interprétation (paradoxe de Simpson en statistiques, voir https://www.youtube.com/watch?v=vs_Zzf_vL2I NB TL: chez le délicieux « Science Etonnante ». S'il existe des références précises et "certifiées par des pairs" sur ce sujet, je suis preneur.
C'est justement cette individuation qui démontre, comme tu l'as toujours très bien fait, qu'un "régime" convient à certaines personnes (pour la disparition de symptômes) et pas à d'autres, et que ça varie dans le temps. Cela dit, évoquer des succès personnels en matière de soin, c'est une fois de plus le biais du survivant. J'aimerais que les thérapeutes racontent aussi leurs échecs et surtout précisent comment ils évaluent le résultat de leurs interventions. Je n'en connais pas beaucoup qui rédigent des notes de suivi détaillées sur chaque patient. La plupart du temps ils n'ont aucun retour sur les échecs car les patients concernés ont changé de thérapeute — ou cessé de vivre ! Donc on ne peut pas évaluer une pratique alimentaire sur le terrain de la thérapie, sauf d'avoir essayé (comme Saladino) et de ne surtout pas généraliser son cas personnel.
Je suis sidéré de lire que des gens ont persisté dans un régime qui leur donnait la chiasse pendant des semaines ! Je me poserais des questions après 24 heures. Il est vrai que je n'ai eu de problème de transit intestinal que deux fois dans ma vie, pendant quelques heures, en Afghanistan et l'autre fois en Inde, après avoir mangé des pastèques… Pour moi, les indicateurs immédiats, directs et incontournables d'une bonne santé sont le transit "silencieux" des aliments, la régularité et la qualité du sommeil, enfin la forme physique. Les deux premiers étant certainement liés aux microbiotes et aux horloges biologiques dans une relation malheureusement très peu connue à ce jour. La chronobiologie, ce n'est pas pour les chiens…
C'est cette complexité des microbiotes et horloges qui me fait dire que les phénotypes sont une spéculation simplificatrice. Un bon exemple est cette étude de Zeevi et al. (2015) que j'ai citée sur la page https://lebonheurestpossible.org/nutrition/
"

Mille fois merci à Bernard pour le décryptage et les traductions.

-> https://lebonheurestpossible.org/carnivore-code/


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